Slipknot n’est pas un groupe, c’est une entité. Au sommet de la vague Nu Metal de la fin des années 1990, « The Nine » (Les Neuf), venus de Des Moines, Iowa, ont littéralement choqué le monde. Avec leurs masques d’horreur, leurs combinaisons de travail numérotées et un son d’une agressivité inégalée, ils ont injecté une dose de chaos industriel et de fureur pure dans la scène metal. Leur musique est une fusion viscérale de Metal Alternatif, de grooves lourds et de percussions tribales, créant un mur de son à neuf têtes. Cet article explore l’histoire de ce collectif unique, analyse leur son et revient sur les hymnes qui ont défini leur carrière tumultueuse.
Fiche d’identité de Slipknot
Style(s) : Nu Metal, Metal Alternatif, Groove Metal
Origine : Des Moines, Iowa, États-Unis
Année de création : 1995
Statut actuel : En activité
Membres emblématiques (Formation « classique ») : (#0) Sid Wilson (Platines), (#1) Joey Jordison (Batterie), (#2) Paul Gray (Basse), (#3) Chris Fehn (Percussions), (#4) Jim Root (Guitare), (#5) Craig Jones (Samples), (#6) Shawn « Clown » Crahan (Percussions), (#7) Mick Thomson (Guitare), (#8) Corey Taylor (Chant)
Album culte : Slipknot (1999)
L’histoire de Slipknot : Biographie, membres et influences
Biographie : Les grandes étapes du groupe
Slipknot se forme en 1995 à Des Moines, Iowa, une ville isolée qui forgera leur sentiment d’aliénation. Après plusieurs changements, le line-up se solidifie autour de neuf membres, chacun adoptant un numéro et un masque. Leur premier album éponyme, Slipknot (1999), produit par Ross Robinson, est une déflagration. C’est une explosion de colère brute, un son Nu Metal poussé à son extrême, qui leur vaut une reconnaissance immédiate.
Le groupe pousse cette noirceur à son paroxysme avec Iowa (2001). Enregistré dans une période de conflits internes et d’addictions, c’est un album suffocant, sans compromis, considéré par beaucoup comme leur chef-d’œuvre d’agressivité. Après une pause, le groupe revient en 2004 avec Vol. 3: (The Subliminal Verses), produit par Rick Rubin. C’est le grand tournant : le son est plus expérimental, et le groupe introduit des mélodies claires, des solos de guitare et même des ballades acoustiques (« Vermilion, Pt. 2 »). Ce virage divise les fans puristes de la première heure mais propulse le groupe au rang de superstar mondiale.
La tragédie frappe le groupe en 2010 avec le décès du bassiste et cofondateur Paul Gray (#2). Cette perte dévaste le groupe mais cimente leur retour avec le poignant album hommage .5: The Gray Chapter (2014). Cette période est aussi marquée par le départ du batteur iconique et cofondateur Joey Jordison (#1) en 2013 (lui-même décédé tragiquement en 2021). Malgré ces épreuves et d’autres changements de line-up récents, Slipknot continue d’avancer, sortant des albums acclamés comme We Are Not Your Kind (2019).
Les membres clés (« The Nine »)
L’identité de Slipknot repose sur son concept de neuf membres, où chaque numéro représente un rôle spécifique dans le chaos sonore :
- #8 Corey Taylor (Chant) : La voix, capable de hurlements viscéraux comme de chants mélodiques clairs.
- #7 Mick Thomson (Guitare) : Le spécialiste des riffs lourds et techniques.
- #6 Shawn « Clown » Crahan (Percussions custom, Chœurs) : Le cofondateur et directeur artistique, dont les coups sur fûts de métal sont la signature industrielle du groupe.
- #5 Craig « 133 » Jones (Samples, Claviers) : L’homme silencieux, responsable des atmosphères sombres et des boucles électroniques.
- #4 Jim Root (Guitare) : L’autre guitariste, apportant une approche plus mélodique aux compositions.
- #3 Chris Fehn (Percussions custom, Chœurs) : Le second percussionniste (jusqu’en 2019), connu pour son masque au long nez.
- #2 Paul Gray (Basse) : Le bassiste et compositeur clé, décédé en 2010.
- #1 Joey Jordison (Batterie) : Le batteur originel, dont la vitesse (blast-beats) et la technique ont défini le son des débuts (décédé en 2021).
- #0 Sid Wilson (Platines/DJ) : Le « fou » du groupe, ajoutant une couche de scratchs et de bruitages.
Les influences revendiquées
Le son de Slipknot est un mélange brutal. On y trouve la lourdeur du Nu Metal (Korn), le groove implacable de Sepultura et Pantera, l’agressivité et la vitesse du Death Metal (Morbid Angel, Deicide), et l’ambiance sonore du Metal Industriel (Nine Inch Nails, Ministry) pour les samples et les percussions métalliques.
Héritage
Slipknot a redéfini l’agression et le spectacle visuel dans le metal mainstream. Leurs masques, leurs numéros et leur énergie scénique ont créé une mythologie unique et influencé d’innombrables groupes. Ils ont également créé leur propre festival itinérant à succès, le Knotfest. Leur fanbase, l’une des plus dévouées au monde, est fièrement connue sous le nom de « Maggots » (les asticots).
Au cœur du son : Analyse du matériel et des techniques
Le son de Slipknot
Le son de Slipknot est un mur de bruit dense et polyrythmique. La clé réside dans sa triple section rythmique. Le batteur principal (Joey Jordison à l’origine) fournit une base complexe et rapide, souvent à la double pédale ou en « blast-beats ». Il est soutenu par deux percussionnistes custom (Shawn Crahan et Chris Fehn), qui frappent sur des fûts de bière en métal (souvent en titane) avec des battes, ajoutant une couche de « clanging » (son métallique et résonnant) industriel et tribal.
À cela s’ajoutent deux guitares, souvent accordées très bas (parfois en Drop B ou Drop A), une basse solide, les scratchs et bruitages de Sid Wilson (#0), et les samples atmosphériques (souvent tirés de films d’horreur) de Craig Jones (#5), créant une cacophonie contrôlée.
Pour les musiciens
- Guitares : Le groupe présente un contraste intéressant. Mick Thomson (#7) est connu pour ses guitares Ibanez MTM (modèles signature 7-cordes) taillées pour le metal extrême. À l’inverse, Jim Root (#4) est un ambassadeur Fender, utilisant des modèles Telecaster, Stratocaster et Jazzmaster signature, lourdement modifiés avec des micros actifs (EMG) pour supporter la saturation élevée.
- Percussions : La signature du groupe. Les fûts de bière en titane personnalisés de Shawn Crahan (#6) et Chris Fehn (#3), frappés avec des battes de baseball ou des maillets, sont autant visuels que sonores.
- Samples/DJ : Craig Jones (#5) utilise divers samplers (Roland, Akai) pour déclencher les boucles et les atmosphères angoissantes. Sid Wilson (#0) utilise des platines (Technics, Pioneer) pour ses techniques de scratch.
Slipknot en 4 titres incontournables
Wait and Bleed – 1999
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C’est le titre qui a fait exploser Slipknot sur la scène mondiale. Il incarne parfaitement le son de leur premier album : une énergie Nu Metal brute, des percussions tribales qui martèlent, et surtout, la performance vocale schizophrène de Corey Taylor. Il alterne un chant mélodique clair et angoissé durant les couplets avant d’exploser en hurlements viscéraux sur les refrains. C’est la vitrine parfaite de leur chaos maîtrisé.
Duality – 2004
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C’est le grand tournant, le morceau qui a divisé les fans mais conquis le monde. Issu de l’album Vol. 3 produit par Rick Rubin, il abandonne l’agression pure de Iowa. Le titre est construit sur un chant clair, presque parlé, et un refrain hymnique et fédérateur (« I push my fingers into my eyes… »). Corey Taylor a expliqué que les paroles traitaient de sa lutte contre l’alcoolisme, faisant de ce titre un exutoire puissant et mélodique.
Psychosocial – 2008
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Devenu l’hymne moderne de Slipknot, ce titre de l’album All Hope Is Gone réalise la synthèse parfaite entre leurs deux ères. Il possède la puissance de frappe, les riffs lourds et la double-pédale de leurs débuts, mais les fusionne avec l’efficacité mélodique et le refrain taillé pour les stades appris sur Vol. 3. C’est une critique cinglante de la superficialité de la société, devenue un incontournable en concert.
The Devil in I – 2014
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Ce morceau est crucial car c’est celui de la résilience. C’est le premier single majeur sorti après la mort tragique du bassiste Paul Gray et le départ choc du batteur Joey Jordison. L’ambiance de l’album .5: The Gray Chapter est sombre, et ce titre le reflète. Mélodique mais lourd, il parle de confronter ses propres démons et les divisions internes (« Step inside, see the Devil in I »), prouvant que le groupe pouvait survivre aux pires épreuves.
Albums de Slipknot
Voici la liste des albums studio de Slipknot :
- 1999 – Slipknot
- 2001 – Iowa
- 2004 – Vol. 3: (The Subliminal Verses)
- 2008 – All Hope Is Gone
- 2014 – .5: The Gray Chapter
- 2019 – We Are Not Your Kind
- 2022 – The End, So Far
Albums essentiels : Trois albums capturent les étapes clés de Slipknot. Slipknot (1999) est le choc originel, la définition brute de leur son et de leur concept. Iowa (2001) est leur chef-d’œuvre de noirceur, un album d’une agressivité pure et sans compromis, souvent cité comme leur sommet par les fans de la première heure. Enfin, Vol. 3: (The Subliminal Verses) (2004) est l’album du tournant mélodique, qui a élargi leur audience.
Les meilleurs titres de Slipknot
- (sic) – 1999 – Slipknot
- Wait and Bleed – 1999 – Slipknot
- Spit It Out – 1999 – Slipknot
- People = Shit – 2001 – Iowa
- Left Behind – 2001 – Iowa
- My Plague – 2001 – Iowa
- Duality – 2004 – Vol. 3: (The Subliminal Verses)
- Before I Forget – 2004 – Vol. 3: (The Subliminal Verses)
- Vermilion, Pt. 1 – 2004 – Vol. 3: (The Subliminal Verses)
- Psychosocial – 2008 – All Hope Is Gone
- Snuff – 2008 – All Hope Is Gone
- The Devil in I – 2014 – .5: The Gray Chapter
- Custer – 2014 – .5: The Gray Chapter
- Unsainted – 2019 – We Are Not Your Kind
- Solway Firth – 2019 – We Are Not Your Kind
Où écouter ce Best Of Slipknot ?
Sur YouTube :
Et sur vos plateformes habituelles :
Slipknot en Live
Le live de Slipknot est une expérience de chaos contrôlé. Les premiers concerts étaient légendaires pour leur violence imprévisible, les membres se battant entre eux ou se jetant dans la foule (Sid Wilson était coutumier des sauts depuis les balcons). Le rituel du « Jump the fuck up » (« Sautez, putain ! ») pendant le pont de « Spit It Out », où le public entier s’assoit avant d’exploser à l’unisson, est devenu l’un des moments les plus cultes du metal live. Ils ont également créé leur propre festival, le Knotfest, devenu une référence mondiale.
Les groupes similaires
- Korn / Deftones : Les autres piliers de la scène Nu Metal, qui ont posé les bases sur lesquelles Slipknot a bâti son agressivité.
- Machine Head / Lamb of God : Partagent le même amour pour le Groove Metal lourd, les riffs puissants et une agressivité vocale soutenue.
- Mushroomhead : Un groupe de Cleveland souvent comparé à Slipknot à leurs débuts, en raison de leur utilisation similaire de masques et d’une approche industrielle du metal.
- Gojira : Pour la puissance rythmique écrasante et l’approche technique et dense du metal moderne.
Slipknot : la synthèse du Jukebox
Slipknot est bien plus qu’un simple groupe de Nu Metal ; c’est un concept artistique total. En arrivant masqués et numérotés, ces neuf musiciens de l’Iowa ont apporté une identité visuelle et une agressivité sonore inédites à la scène mainstream. Leurs premiers albums, en particulier Slipknot et Iowa, restent des monuments d’agression et de catharsis pour toute une génération. Malgré les tragédies, les changements de line-up et une évolution musicale qui a pu dérouter, leur impact sur l’imagerie et l’intensité du metal moderne est indéniable.
