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Sister Rosetta Tharpe : Chanteuse gospel et pionnière du rock ‘n’ roll

Sister Rosetta Tharpe - Gospel

Sister Rosetta Tharpe est une figure centrale de la musique américaine, souvent désignée comme la « Marraine du rock ‘n’ roll ». Bien avant l’explosion médiatique d’Elvis Presley ou de Chuck Berry, elle a révolutionné le gospel en y introduisant la guitare électrique et des rythmes syncopés issus du blues. En mélangeant ferveur religieuse et énergie scénique, elle a posé les bases techniques et esthétiques d’un genre qui allait transformer l’industrie musicale quelques années plus tard.

Fiche d’identité de Sister Rosetta Tharpe

Style(s) : Gospel, Rhythm and Blues, Rock ‘n’ Roll (précurseur)
Origine : Cotton Plant, Arkansas, États-Unis
Année de création : 1938 (Premiers enregistrements majeurs chez Decca)
Statut actuel : Décédée (1915-1973)
Membres emblématiques : Sister Rosetta Tharpe, Marie Knight (partenaire de duo)
Album culte : Gospel Train (1956)

L’histoire de Sister Rosetta Tharpe : Biographie et héritage

Biographie : Les grandes étapes

Née Rosetta Nubin dans l’Arkansas, elle est une enfant prodige. Dès l’âge de 4 ans, surnommée « Little Rosetta Nubin », elle joue de la guitare et chante dans les églises itinérantes aux côtés de sa mère évangéliste. Mais Rosetta voit plus grand que le circuit religieux. Arrivée à New York à la fin des années 1930, elle provoque un scandale qui va lancer sa carrière : elle accepte de jouer du Gospel au Cotton Club, un célèbre club de jazz et cabaret, partageant la scène avec des danseuses de revue. Ce mélange du sacré et du profane choque les puristes mais fascine le grand public.

Dans les années 1940, elle devient l’une des artistes les plus populaires d’Amérique, toutes couleurs confondues. Son statut de superstar est tel qu’en 1951, son troisième mariage est organisé dans le stade de baseball Griffith Stadium à Washington D.C., devant 25 000 personnes payantes. Elle y donne un concert en robe de mariée, guitare électrique en bandoulière.

Si sa popularité décline aux États-Unis dans les années 1960, elle connaît une renaissance inattendue en Angleterre. Lors de la tournée « American Folk Blues and Gospel Caravan » en 1964, elle donne des concerts qui marqueront à vie la jeune génération britannique (Eric Clapton, Keith Richards, Jeff Beck), plantant les graines de la future « British Invasion ».

Les influences revendiquées

Sa première influence est sa mère, Katie Bell Nubin, qui lui a appris à projeter sa voix pour haranguer les foules. Musicalement, elle s’inspire d’Arizona Dranes, une pianiste et chanteuse de gospel aveugle des années 1920, connue pour son style percussif et syncopé que Rosetta a transposé à la guitare.

Héritage

Il est temps de rendre à César ce qui appartient à César : Sister Rosetta Tharpe est la matrice des musiques électriques. Elle a ouvert la voie au Rhythm and Blues : Little Richard la citait comme son idole absolue (c’est elle qui l’a fait monter sur scène pour la première fois quand il était enfant) et Chuck Berry a avoué que sa carrière était « une longue imitation de Rosetta Tharpe ». Elle a également planté les graines du Rockabilly : Elvis Presley, qui assistait à ses concerts à Memphis, a emprunté son mélange de spiritualité et de mouvement scénique, tandis que Johnny Cash la considérait comme sa chanteuse préférée.

Au cœur du son : Analyse du matériel et des techniques

Le son Tharpe

Le son de Rosetta Tharpe est un choc frontal. D’un côté, une voix de soprano puissante, capable de « growl » (rugissements) et d’une ferveur religieuse intense. De l’autre, un jeu de guitare électrique révolutionnaire pour l’époque. Elle fut l’une des premières à pousser ses amplificateurs pour obtenir de la distorsion (bien avant les rockeurs des années 50) et à jouer des solos rapides et chromatiques au milieu de chants spirituels.

(Note : Dans la playlist YouTube des meilleurs titres citée plus loin dans l’article, il y a une vidéo qui regroupe plusieurs passages de solo de guitare de Sister Rosetta Tharpe).

Pour les musiciens

  • Guitares : Au début de sa carrière, elle utilisait des guitares acoustiques Gibson L-5. Puis elle est passée à l’électrique avec une Gibson Les Paul Goldtop (modèle 1952). Mais l’image emblématique de Rosetta Tharpe reste celle des années 60, où elle joue sur une Gibson SG Custom blanche à trois micros, une guitare au look agressif qu’elle maniait avec une aisance déconcertante.
  • Technique : Elle utilisait un onglet de pouce (« thumb pick ») pour marquer les basses de manière percussive, tout en jouant les mélodies avec ses autres doigts. Ce style donnait un rythme galopant, proche du piano Boogie-Woogie.

Sister Rosetta Tharpe en 4 titres incontournables

Rock Me – 1938


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C’est le titre du scandale et de la gloire. Rosetta y demande à Dieu de la « bercer » (Rock Me), mais l’expression « Rock Me » avait un double sens sexuel évident dans le blues de l’époque. En posant des paroles sacrées sur un rythme Swing laïc, elle a créé le premier tube de Gospel commercial, ouvrant la voie à la Soul Music de Ray Charles des décennies plus tard.

Strange Things Happening Every Day – 1944

Strange Things Happening Every Day

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Ce titre est crucial pour les historiens de la musique. C’est le premier disque de Gospel à être entré dans le classement « Race Records » (l’ancêtre du R&B). Avec sa guitare électrique saturée, son rythme boogie-woogie rapide et son solo percutant, il est considéré par beaucoup comme le premier véritable morceau de Rock ‘n’ Roll, enregistré dix ans avant Rock Around the Clock de Bill Haley.

Up Above My Head (I Hear Music in the Air) – 1947

Sister Rosetta Tharpe - Up Above My Head on Gospel Time TV show

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En duo avec sa partenaire Marie Knight, Rosetta livre ici une masterclass de « Call and Response » (Appel et Réponse). Le morceau est joyeux, entraînant, mais c’est surtout le court solo de guitare électrique de Rosetta au milieu du titre qui frappe : on y entend déjà le « twang » et le phrasé qui feront la fortune du Rockabilly et de Chuck Berry.

Didn’t It Rain – 1947

Sister Rosetta Tharpe .. 1964 .. Didn't it Rain .. Blues and Gospel train

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Un standard du Gospel qu’elle a magnifié. Si la version studio est excellente, c’est son interprétation live en 1964 à Manchester qui est entrée dans la légende. Sur le quai d’une gare désaffectée, sous une pluie battante, Rosetta arrive en calèche, s’empare de sa guitare électrique et livre une performance d’une énergie presque Punk, montrant aux jeunes Anglais ce qu’était le vrai « Soul Power ».

Albums de Sister Rosetta Tharpe

La majorité de son œuvre marquante se trouve sur les singles 78 tours sortis chez Decca dans les années 30 et 40.

  • 1941 : The Lonesome Road
  • 1951 : Blessed Assurance
  • 1951 : Wedding Ceremony of Sister Rosetta Tharpe and Russell Morrison (Live/Enregistrement cérémonie)
  • 1956 : Gospel Train
  • 1957 : The Gospel Truth (Live)
  • 1959 : Gospel Truth (Studio)
  • 1960 : Sister Rosetta Tharpe
  • 1960 : Spirituals in Rhythm
  • 1961 : Sister on Tour
  • 1962 : The Gospel Truth with the Bally Jenkins Singers
  • 1966 : Live in Paris
  • 1968 : Precious Memories
  • 1969 : Singing in My Soul
  • 1969 : The Lonesome Road (Réédition augmentée)

Albums essentiels : L’album Gospel Train (1956) est un incontournable, enregistré en studio avec une qualité sonore qui rend justice à la puissance de sa guitare. Pour saisir son énergie brute, l’album Live in Paris 1966 est un témoignage vibrant de sa dernière période, où elle continuait de prêcher le rock et l’évangile avec la même ferveur.

Les meilleurs titres de Sister Rosetta Tharpe

  1. Rock Me – 1938 – Single
  2. That’s All – 1938 – Single
  3. This Train – 1939 – Single
  4. Strange Things Happening Every Day – 1944 – Single
  5. The Lord Followed Me – 1947 – Single
  6. Up Above My Head (I Hear Music in the Air) – 1947 – Single (avec Marie Knight)
  7. Didn’t It Rain – 1947 – Single (avec Marie Knight)
  8. My Journey to the Sky – 1948 – Single
  9. Down by the Riverside – 1948 – Single
  10. Silent Night (Christmas Hymn) – 1949 – Single
  11. Can’t No Grave Hold My Body Down – 1962 – The Gospel Truth
  12. Jericho – 1964 – Single
  13. Compilation de solos de guitare de Rosetta Tharpe

Où écouter ce Best Of Sister Rosetta Tharpe ?

Sur YouTube :

Playlist: Sister Rosetta Tharpe - Le Best Of - Le Jukebox 🎺
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Et sur vos plateformes habituelles :

Sister Rosetta Tharpe en Live

Rosetta Tharpe était une bête de scène. Contrairement à la tradition gospel de l’époque qui voulait que l’on reste statique et digne derrière un micro, elle occupait tout l’espace. Elle arpentait la scène guitare en main, interagissait avec le public et grattait les cordes avec des gestes amples et spectaculaires, n’hésitant pas à bouger au rythme de sa musique. Ses concerts étaient une célébration joyeuse et bruyante, bien loin du recueillement austère des églises traditionnelles.

Les groupes et artistes similaires

Mahalia Jackson

Bien que contemporaine de Rosetta Tharpe, Mahalia Jackson représentait une approche plus conservatrice du genre. Là où Rosetta cherchait l’innovation par l’instrumentation électrique et les clubs, Mahalia Jackson restait fidèle à la tradition vocale pure et refusait toute incursion dans la musique profane.

Marie Knight

Partenaire de scène privilégiée, Marie Knight a formé avec Rosetta Tharpe l’un des duos les plus célèbres de l’histoire du Gospel. Leur collaboration, notamment sur des titres comme Up Above My Head, montre une complémentarité vocale qui a marqué les enregistrements des années 1940.

The Soul Stirrers

Ce groupe vocal masculin, au sein duquel a débuté Sam Cooke, est essentiel pour comprendre l’évolution du gospel vers la soul. Tout comme Rosetta Tharpe, The Soul Stirrers ont su moderniser les rythmiques traditionnelles pour toucher un public plus large.

Arizona Dranes

Pianiste et chanteuse aveugle des années 1920, Arizona Dranes est l’une des influences majeures de Rosetta Tharpe. Son style percussif et son utilisation des syncopes au piano ont directement inspiré Rosetta pour développer son propre jeu de guitare.

Sister Rosetta Tharpe : la synthèse du Jukebox

Longtemps restée dans l’ombre des artistes masculins qu’elle a inspirés, Sister Rosetta Tharpe bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance historique méritée. Elle n’était pas seulement une interprète de talent, mais une innovatrice technique qui a prouvé que la guitare électrique pouvait devenir le moteur d’une performance. Sa capacité à naviguer entre les églises et les salles de concert fait d’elle l’une des artistes les plus audacieuses de son temps.

Questions fréquentes sur Sister Rosetta Tharpe

Pendant longtemps, l’histoire du Rock a été écrite en se concentrant sur les figures masculines blanches (Elvis) ou noires (Chuck Berry). Le fait qu’elle soit une femme jouant de la guitare électrique (chose rare à l’époque) et qu’elle appartienne au monde du Gospel a brouillé les pistes. Elle a été redécouverte tardivement comme la source commune de tous ces artistes.

Bien qu’elle ait joué sur plusieurs modèles, la guitare la plus emblématique associée à son image est la Gibson SG Custom blanche à trois micros, qu’elle utilisait dans les années 1960. C’est avec cette guitare au look très « rock » qu’elle a marqué les esprits lors de sa tournée anglaise.

C’est un débat sans fin, mais les arguments en sa faveur sont solides. Son titre Strange Things Happening Every Day (1944) possède déjà tous les ingrédients du Rock : une guitare électrique saturée, un rythme binaire rapide et une attitude rebelle, dix ans avant les premiers tubes officiels du genre.