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Sex Pistols : La rupture esthétique et sonore du Punk 77

Sex Pistols

Sex Pistols est l’incarnation absolue du Punk 77 britannique. Bien que leur carrière n’ait duré que 26 mois et produit un seul et unique album studio, leur impact culturel a été sismique. Menés (ou plutôt « orchestrés ») par le manager Malcolm McLaren et le « frontman » Johnny Rotten, ils ont apporté le nihilisme (« No Future »), le chaos et la confrontation directe avec l’establishment (la monarchie, l’industrie musicale), changeant à jamais l’histoire du rock.

Fiche d’identité de Sex Pistols

Style(s) : Punk 77, Punk Rock
Origine : Londres, Angleterre
Année de création : 1975
Statut actuel : Séparé (Dissolution en 1978)
Membres emblématiques : Johnny Rotten (chant), Steve Jones (guitare), Paul Cook (batterie), Glen Matlock (basse, 1975-1977), Sid Vicious (basse, 1977-1978)
Album culte : Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols (1977)

L’histoire de Sex Pistols : Biographie, membres et influences

Biographie : Les grandes étapes du groupe

Le groupe trouve son origine dans « The Strand » (Steve Jones et Paul Cook), qui fréquente la boutique « SEX » de Malcolm McLaren à Londres. McLaren, inspiré par le Protopunk américain (New York Dolls, Richard Hell), décide de manager le groupe pour créer un « choc » culturel. Ils recrutent le bassiste Glen Matlock et cherchent un chanteur.

En 1975, ils repèrent John Lydon, un jeune homme au look provocateur (cheveux verts, t-shirt « I Hate Pink Floyd »). Il auditionne en chantant sur du Alice Cooper et est engagé sous le nom de Johnny Rotten (« Johnny le Pourri »).

L’année 1976 est celle de la déflagration. Le groupe tourne, se fait une réputation chaotique, et sort son premier single Anarchy in the U.K. en décembre. Le même mois, invités à une émission de télévision en direct (le « Today » show de Bill Grundy), le groupe, poussé par l’animateur, lâche une bordée d’injures. Le scandale est national. Le punk explose à la « une » des tabloïds, et les Sex Pistols sont lâchés par leur maison de disques EMI.

En 1977, le chaos s’intensifie. Sid Vicious, un ami de Rotten qui ne sait pas jouer de basse, remplace Glen Matlock (le vrai musicien du groupe), car il possède le « look » punk parfait. Le groupe signe chez A&M (pour 6 jours) puis chez Virgin. En mai, ils sortent God Save the Queen en plein jubilé d’argent de la Reine. C’est une attaque frontale contre la monarchie (« There is no future »). Le titre est banni de la BBC, mais devient un n°1 officieux. Le groupe organise un concert-provocation sur un bateau sur la Tamise, qui finit en arrestation.

Leur unique album studio, Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols, sort en octobre 1977. C’est un n°1 immédiat. Mais le groupe est déjà en train de mourir. Une tournée américaine désastreuse en janvier 1978, minée par l’héroïne (Sid Vicious) et les conflits internes, achève le groupe. Au dernier concert à San Francisco, Johnny Rotten lâche sa phrase culte : « Ever get the feeling you’ve been cheated? » (Avez-vous déjà eu le sentiment de vous être fait avoir ?). Il quitte le groupe, qui implose. Sid Vicious meurt d’overdose en 1979.

Les membres clés

  • Johnny Rotten (John Lydon) (Chant) : Le « frontman » et le parolier. Sa voix est un ricanement sardonique, son regard est intense. Il est le critique social, celui qui dénonce l’ennui (« vacant ») et l’hypocrisie (« no future »).
  • Steve Jones (Guitare) : Le moteur sonore. Son son est un « mur » de guitares, simple, puissant et lourd. Il a créé l’un des sons de guitare les plus reconnaissables du rock en superposant de multiples pistes de Gibson Les Paul en studio.
  • Paul Cook (Batterie) : Le batteur. Un jeu puissant, direct, sans fioritures, le « beat » (rythme) implacable du Punk 77.
  • Glen Matlock (Basse) (1975-1977) : Le musicien. Le bassiste originel et, ironiquement, le co-compositeur de la plupart des hits (dont Anarchy et God Save the Queen). Il a été viré car il « aimait les Beatles », selon McLaren.
  • Sid Vicious (Basse) (1977-1978) : L’icône. Il ne savait pas jouer de basse (sa basse était souvent débranchée sur scène), mais il était le punk : l’attitude nihiliste, l’autodestruction, le look. Il a remplacé Matlock pour l’image.
  • Malcolm McLaren (Manager) : Le « cerveau » et le provocateur. Plus un membre qu’un manager, il a orchestré le chaos médiatique du groupe comme un acte « situationniste ».

Les influences revendiquées

L’influence principale vient du Protopunk américain : The Stooges (pour l’énergie brute), New York Dolls (pour le look « glam-trash » et l’attitude, via McLaren) et les Ramones (pour la vitesse et la simplicité). Steve Jones était également un fan de rock ‘n’ roll classique (Chuck Berry) et de « glam rock » (T. Rex). Johnny Rotten, lui, était un grand fan de Reggae et de Dub, ce qui préfigurait son projet suivant, Public Image Ltd.

Héritage

Les Sex Pistols n’ont pas inventé le punk, mais ils l’ont rendu dangereux et l’ont fait exploser à la « une » des médias. Ils sont le « Big Bang » culturel du Punk 77 britannique. Ils ont capturé le nihilisme (« No Future ») et le désespoir de la jeunesse britannique de l’époque. Surtout, ils ont prouvé qu’il n’y avait pas besoin d’être un musicien virtuose pour monter sur scène et avoir quelque chose à dire, inspirant des milliers de jeunes à former leurs propres groupes (Buzzcocks, Joy Division, The Smiths…) dans une vague « DIY » (Do It Yourself – faites-le vous-même).

Au cœur du son : Analyse du matériel et des techniques

Le son de Sex Pistols

Le son des Sex Pistols est un « mur de son » (wall of sound) punk.

  • La guitare de Steve Jones : Le son est défini par la guitare de Jones. Il n’y a quasiment pas de solos, juste des riffs puissants et lourds. Sur l’album Never Mind the Bollocks, il a enregistré des dizaines de pistes de guitare (overdubs) pour créer un son massif et « orchestral », une production bien plus « rock » que « lo-fi ».
  • La voix de Johnny Rotten : Le chant est un ricanement. Il ne chante pas, il « scande » (scat) et il provoque. Sa voix est nasillarde, agressive et pleine de dédain, parfaitement intelligible.
  • Production : L’album (produit par Chris Thomas) est tout sauf « lo-fi ». C’est une production rock massive, conçue pour être aussi puissante que le rock de stade, mais avec une énergie punk.

Pour les musiciens

  • Johnny Rotten (Voix) : Un micro Shure SM58 et une attitude.
  • Steve Jones (Guitare) :
    • Guitare : Sa guitare la plus célèbre est une Gibson Les Paul Custom (blanche, de 1974, qu’il aurait volée à Mick Ronson, guitariste de David Bowie).
    • Amplis : Le son « mur » vient d’un ampli Fender Twin Reverb (Silverface) poussé à saturation totale (volume à 10), parfois couplé à des Marshall.
  • Glen Matlock (Basse) : Une Fender Precision Bass (P-Bass).
  • Sid Vicious (Basse) : Une Fender Precision Bass (blanche). Son ampli était souvent éteint ou très bas sur scène. En studio, c’est Steve Jones qui a enregistré la plupart des lignes de basse après le départ de Matlock.
  • Paul Cook (Batterie) : Kits Ludwig ou Pearl.

Sex Pistols en 3 titres incontournables

Anarchy in the U.K. – 1976

Sex Pistols - Anarchy In The UK

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Le premier single. Le manifeste nihiliste. C’est le « cri de guerre » du Punk 77. Le morceau s’ouvre sur un rire sardonique et un riff de guitare menaçant, avant que Johnny Rotten ne scande les paroles qui annoncent l’apocalypse : « I am an antichrist / I am an anarchist » (Je suis un antéchrist / Je suis un anarchiste).

God Save the Queen – 1977

Sex Pistols - God Save The Queen Revisited

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La confrontation. Sorti intentionnellement en plein jubilé d’argent de la Reine, ce titre est l’acte de provocation ultime. C’est un hymne anti-système, construit sur un riff descendant et une batterie martelée, où Johnny Rotten ricane « There is no future » (Il n’y a pas d’avenir) face à l’Empire britannique. Banni de la radio, il est devenu un n°1 officieux.

Submission – 1977

Submission (Remastered 2012)

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La facette « arty » (artistique) et sombre du groupe. Ce titre montre une autre facette de leur son. Le tempo est plus lent, « rampant » (« dirgy »), presque Protopunk (à la The Stooges). C’est un groove hypnotique et menaçant, avec des paroles provocatrices sur le sadomasochisme et les sous-marins, inspirées par leur manager Malcolm McLaren.

Albums de Sex Pistols

  • 1977 – Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols
  • 1979 – Bande originale The Great Rock ‘n’ Roll Swindle (posthume)

Album essentiel : Never Mind The Bollocks, Here’s the Sex Pistols et il est obligatoire pour tout amateur de musique Punk. C’est un des albums les plus importants de l’histoire du rock. Ce n’est pas une simple collection de chansons, c’est une attaque sonore. Il capture parfaitement l’énergie, la rage et le son « mur de guitares » du groupe, et contient tous leurs hymnes.

Les meilleurs titres de Sex Pistols

(Cette playlist est l’intégralité de leur album studio)

  1. Anarchy in the U.K. (1976)
  2. Holidays in the Sun (1977)
  3. Bodies (1977)
  4. No Feelings (1977)
  5. Liar (1977)
  6. God Save the Queen (1977)
  7. Problems (1977)
  8. Seventeen (1977)
  9. Submission (1977)
  10. Pretty Vacant (1977)
  11. New York (1977)
  12. E.M.I. (1977)

Où écouter ce Best Of ?

Sur YouTube :

Playlist: Sex Pistols - Le Best Of - Le Jukebox ⚡
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Et sur vos plateformes habituelles :

Sex Pistols en Live

Les concerts des Sex Pistols étaient chaotiques, courts (souvent moins de 30 minutes) et violents. Le but n’était pas la perfection musicale, mais la confrontation. Le groupe (et surtout Johnny Rotten) insultait le public pour provoquer une réaction. L’arrivée de Sid Vicious a amplifié le chaos, ses performances se résumant souvent à des bagarres avec le public. Le dernier concert à San Francisco en 1978 est légendaire : un groupe en pleine implosion, se sabotant lui-même, qui se termine par la phrase de Rotten : « Ever get the feeling you’ve been cheated? » (Avez-vous déjà eu le sentiment de vous être fait avoir ?).

Les groupes similaires

  • The Clash : L’autre pilier du Punk 77. Ils partageaient l’énergie, mais The Clash était politique et idéaliste, là où les Pistols étaient nihilistes et chaotiques.
  • The Damned : L’autre grand groupe de la « première vague » punk 77, plus « garage » et rapide.
  • Ramones : Les pères du punk américain. Leur son « 1-2-3-4 » rapide et minimaliste a été une influence directe sur la scène britannique.
  • Iggy & The Stooges : L’influence Protopunk majeure pour l’énergie, le son de guitare de Raw Power et l’attitude nihiliste.
  • New York Dolls : L’influence « glam-punk » et « trash » gérée par Malcolm McLaren avant les Pistols.

Sex Pistols : la synthèse du Jukebox

Les Sex Pistols n’ont pas inventé le punk, mais ils en ont été la détonation. En 26 mois, ce groupe (créé comme une œuvre d’art « situationniste » par Malcolm McLaren) a réussi à terroriser l’establishment britannique, à être banni de la BBC, et à créer l’album punk définitif. Ils ont apporté le nihilisme (« No Future »), le chaos médiatique et l’attitude « Do It Yourself » (faites-le vous-même) au Punk 77, inspirant des milliers de groupes par leur simple existence.

Questions fréquentes sur Sex Pistols

Le nom a été choisi par leur manager, Malcolm McLaren. Il venait de sa boutique de vêtements « SEX » et il voulait un nom qui sonne comme « de jeunes assassins sexy », un nom qui soit une menace et une provocation médiatique.

Sid Vicious était un ami de Johnny Rotten, recruté pour remplacer le bassiste Glen Matlock en 1977. Il ne savait pas jouer de basse (sa basse était souvent débranchée sur scène), mais il avait le « look » et l’attitude punk autodestructrice parfaite. Il est devenu l’icône tragique du punk, mourant d’une overdose en 1979.

En décembre 1976, le groupe a été invité à la télévision en direct. L’animateur, Bill Grundy, les a provoqués, et le guitariste Steve Jones a lâché une série d’injures. Le scandale a fait la « une » des tabloïds le lendemain et a fait exploser le punk dans la conscience publique.