Patti Smith est la « marraine du punk » (« Godmother of Punk »). Elle est la figure centrale du Protopunk new-yorkais, une artiste complète qui a fusionné la poésie « beat » (dans la lignée d’Allen Ginsberg) avec l’énergie brute du rock ‘n’ roll garage. Son premier album, Horses (1975), est un acte fondateur qui a ouvert la voie à toute la scène punk en prouvant que le rock pouvait être à la fois intellectuel, artistique et sauvage.
Fiche d’identité de Patti Smith
Style(s) : Protopunk, Art Rock, Punk Rock
Origine : New York, New York (scène musicale)
Année de création : 1974 (formation du Patti Smith Group)
Statut actuel : En activité
Membres emblématiques (Patti Smith Group) : Patti Smith (chant, poésie), Lenny Kaye (guitare), Ivan Král (basse), Richard Sohl (piano), Jay Dee Daugherty (batterie)
Album culte : Horses (1975)
L’histoire de Patti Smith : Biographie, membres et influences
Biographie : Les grandes étapes de sa carrière
Patti Smith quitte le New Jersey pour New York en 1967. Elle y rencontre le photographe Robert Mapplethorpe, qui deviendra son « âme sœur » artistique (une relation qu’elle raconte dans son livre Just Kids). Elle vit au mythique Chelsea Hotel, écrit de la poésie et fréquente l’avant-garde artistique (Andy Warhol, Allen Ginsberg).
À partir de 1971, elle commence à faire des lectures publiques de sa poésie, bientôt accompagnée à la guitare « noise » (bruitiste) par le critique rock Lenny Kaye. Cette fusion entre poésie « beat » et rock ‘n’ roll garage est l’acte de naissance de son style Protopunk. En 1974, ils forment le « Patti Smith Group » et sortent le single indépendant Hey Joe / Piss Factory.
En 1975, le groupe signe chez Arista et enregistre Horses, produit par John Cale (du Velvet Underground). L’album, avec sa pochette androgyne iconique signée Mapplethorpe, est une révolution. Il s’ouvre sur une relecture chamanique de Gloria.
Radio Ethiopia (1976) est un album plus « rock » et abrasif. C’est Easter (1978) qui lui apporte le succès commercial, grâce au tube mondial Because the Night, co-écrit avec Bruce Springsteen. L’album Wave (1979) clôt cette première ère sur une note plus pop.
Au sommet de sa gloire, Patti Smith fait un choix radical. Elle épouse Fred « Sonic » Smith (guitariste du groupe Protopunk MC5) en 1980 et se retire complètement du monde de la musique pendant 16 ans pour élever ses enfants à Detroit.
Après la mort tragique de son mari et de son frère à la fin des années 90, elle est encouragée par ses amis (Michael Stipe de R.E.M., Allen Ginsberg) à revenir à la musique. Elle sort l’album Gone Again (1996) et n’a cessé de tourner, d’écrire et d’enregistrer depuis, devenant une icône mondiale et une conscience morale respectée.
Les membres clés
- Patti Smith (Chant, Poésie) : La visionnaire. Sa performance n’est pas celle d’une chanteuse traditionnelle, mais d’une poétesse « chamanique ». Elle utilise sa voix comme un instrument, passant du « spoken word » (parlé) au cri primal.
- Lenny Kaye (Guitare) : Le pilier musical. Guitariste et historien du rock (il a compilé la légendaire compilation Nuggets sur le garage rock). Il fournit le son « garage » et « noise » qui ancre la poésie de Patti dans le rock ‘n’ roll.
- Richard Sohl (Piano) : (1974-1979) Son jeu de piano a ajouté une touche « arty » (artistique) et dramatique au son du groupe, cruciale sur des titres comme Birdland ou Land.
- Ivan Král (Basse) & Jay Dee Daugherty (Batterie) : La section rythmique solide et énergique de l’ère classique (1975-1979).
Les influences revendiquées
Les influences de Patti Smith sont doubles. D’un côté, la poésie, notamment le poète français Arthur Rimbaud (son idole absolue) et les poètes de la « Beat Generation » (Allen Ginsberg, William S. Burroughs). De l’autre, le Rock (The Rolling Stones, Jimi Hendrix) et les pionniers du Protopunk (The Velvet Underground, The Stooges).
Héritage
Patti Smith est la « marraine du Punk ». Elle a créé le plan du « punk intellectuel ». Sa fusion de la poésie « beat » et du rock ‘n’ roll a directement inspiré toute la scène du club CBGB (Television, Ramones, Blondie) avant même l’explosion de 1977.
Au cœur du son : Analyse du matériel et des techniques
Le son de Patti Smith
Le son de Patti Smith est une collision : celle de la poésie « beat » et du rock ‘n’ roll garage des années 60.
- Spoken Word / Chant : Sa technique vocale est unique. Elle ne chante pas toujours, elle « déclame ». Elle utilise le « spoken word » (parlé) pour installer une ambiance, avant de laisser sa voix exploser en cris chamaniques, pleins de rage et de passion.
- Le « Noise » de Lenny Kaye : La guitare de Lenny Kaye n’est pas basée sur des solos virtuoses. Elle est basée sur la texture, le « noise » (bruit) et le feedback (larsen), créant un tapis sonore électrique et brut pour la poésie de Patti.
- Rock ‘n’ Roll Primal : Le Patti Smith Group joue un rock ‘n’ roll simple, direct, énergique, sans la complexité du rock progressif de l’époque. C’est un retour aux trois accords et à l’énergie brute.
Pour les musiciens
- Patti Smith (Voix) : Son instrument est la voix, capturée par des micros de scène standards comme le Shure SM58.
- Lenny Kaye (Guitare) : Il est fidèle à sa Fender Stratocaster (une « Strat » noire des années 60). Il utilise aussi des Gibson Firebird. Ses amplis sont souvent des Fender Twin Reverb (pour un son clair qui sature naturellement quand on le pousse) ou des Marshall (JCM800).
- Ivan Král (Basse) : Jouait principalement sur des Fender Precision Bass (P-Bass).
- Richard Sohl (Piano) : Son utilisation d’un piano acoustique (ex: Steinway) était rare dans la scène punk émergente, ajoutant une touche « arty » et dramatique.
Patti Smith en 3 titres incontournables
Gloria – 1975
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C’est le manifeste. Le titre qui ouvre l’album Horses. Patti Smith prend le standard « garage rock » de Them (avec Van Morrison) et le fait précéder d’une longue introduction de poésie « spoken word » (parlée) qui commence par la phrase culte : « Jesus died for somebody’s sins, but not mine » (Jésus est mort pour les péchés de quelqu’un, mais pas les miens). C’est la fusion parfaite de la poésie « beat » et du rock ‘n’ roll.
Ask the Angels – 19763
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C’est l’énergie Protopunk brute. Issu de l’album Radio Ethiopia, ce titre est le Patti Smith Group en pleine action. C’est un pur brûlot « garage rock », rapide, avec un riff de guitare acéré de Lenny Kaye. Il capture l’énergie « live » et l’urgence qui a directement inspiré la scène punk de 1977, contrastant avec le côté plus « arty » de Gloria.
Because the Night – 1978
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C’est le hit universel. Une chanson co-écrite avec Bruce Springsteen : il avait la mélodie et le refrain (issus des sessions de Darkness on the Edge of Town), elle a écrit les couplets. C’est le titre qui l’a fait connaître du grand public. Il prouve que son approche « arty » pouvait aussi être un hymne rock puissant, accessible et romantique.
Albums de Patti Smith
Voici la discographie studio essentielle de l’ère classique et de son retour :
- 1975 – Horses
- 1976 – Radio Ethiopia
- 1978 – Easter
- 1979 – Wave
- 1988 – Dream of Life
- 1996 – Gone Again
- 1997 – Peace and Noise
- 2000 – Gung Ho
- 2004 – Trampin
- 2012 – Banga
Albums essentiels : La tétralogie (les quatre premiers albums) du Patti Smith Group est fondamentale. Horses (1975) est le chef-d’œuvre fondateur, un pilier du Protopunk produit par John Cale (The Velvet Underground). Easter (1978) est son plus grand succès commercial, l’équilibre parfait entre l’énergie punk (Rock N Roll Nigger, non disponible sur sa chaîne officielle au moment ou cet article est rédigé) et l’hymne rock universel (Because the Night).
Les meilleurs titres de Patti Smith
- Gloria (1975)
- Redondo Beach (1975)
- Birdland (1975)
- Land (1975)
- Ask the Angels (1976)
- Pumping (My Heart) (1976)
- Because the Night (1978)
- Frederick (1979)
- Dancing Barefoot (1979)
- People Have the Power (1988)
Où écouter ce Best Of ?
Sur YouTube :
Et sur vos plateformes habituelles :
Patti Smith en Live
Les concerts de Patti Smith sont des expériences intenses, presque chamaniques. Elle n’est pas une simple chanteuse, elle est une performeuse. Elle mélange lectures de poésie, discours politiques passionnés et rock ‘n’ roll brut. Sa présence scénique est androgyne, nerveuse et totalement habitée. Elle est célèbre pour son énergie, crachant sur scène et haranguant le public, loin des standards de la « rock star » féminine de l’époque.
Les groupes similaires
- The Velvet Underground : L’influence « art-rock » de New York (Lou Reed, John Cale). La fusion originelle de la poésie urbaine et du « noise » (bruit).
- Television : L’autre grand groupe « arty » et « poétique » de la scène Protopunk du CBGB, mené par son ami et ancien amant, Tom Verlaine.
- Iggy & The Stooges : L’autre face du Protopunk. L’énergie brute et « sauvage » de Detroit, que Patti admirait.
- PJ Harvey : L’une de ses héritières les plus directes, pour l’intensité poétique, l’énergie rock brute et l’image androgyne.
- Siouxsie and the Banshees : Groupe Post-Punk anglais dont la leader, Siouxsie Sioux, a été directement inspirée par l’attitude et l’image de Patti Smith.
Patti Smith : la synthèse du Jukebox
Patti Smith a brisé les barrières entre la poésie « beat » et le rock ‘n’ roll. En arrivant sur la scène new-yorkaise avec une approche androgyne, intellectuelle et sans compromis, elle a défini le Protopunk « arty » (artistique) et ouvert la voie à tout le mouvement punk de 1977. Elle a prouvé qu’une femme dans le rock n’avait pas besoin d’être une « icône sexy », mais pouvait être une poétesse, une chaman et une leadeuse.
