Aucun groupe n’incarne mieux la face sombre du « Summer of Love » que The Doors. Né à Los Angeles, le quatuor a créé un son unique, hypnotique et instantanément reconnaissable, défiant les conventions rock en n’ayant pas de bassiste attitré. Leur musique est une fusion théâtrale entre la poésie transgressive de Jim Morrison, l’orgue baroque de Ray Manzarek et une guitare aux racines blues. C’est le pilier du Rock Psychédélique, mais un psychédélisme nourri à la source du Blues Rock le plus brut.
Fiche d’identité de The Doors
Style(s) : Rock Psychédélique, Blues Rock, Acid Rock
Origine : Los Angeles, Californie (États-Unis)
Année de création : 1965
Statut actuel : Séparé (dissolution en 1973, suite à la mort de Jim Morrison en 1971)
Membres emblématiques : Jim Morrison (chant), Ray Manzarek (claviers, basse clavier), Robby Krieger (guitare), John Densmore (batterie)
Album culte : The Doors (1967)
L’histoire de The Doors : Biographie, membres et influences
Biographie : Les grandes étapes du groupe
L’histoire des Doors débute sur la plage de Venice, en Californie, durant l’été 1965. Deux étudiants en cinéma de l’UCLA, le poète Jim Morrison et l’organiste Ray Manzarek, se rencontrent. Morrison récite à Manzarek les paroles de « Moonlight Drive ». Frappé par la puissance poétique des textes, Manzarek propose de fonder un groupe. Ils sont rejoints par le batteur John Densmore et le guitariste Robby Krieger, tous deux issus d’un groupe de méditation.
Le groupe fait ses armes au club « Whisky a Go Go » sur le Sunset Strip. C’est là qu’ils développent leur son unique et leurs longues improvisations, notamment la pièce maîtresse « The End ». Remarqués par le label Elektra, ils sortent leur premier album éponyme, The Doors, en janvier 1967. L’impact est immédiat. L’album est un choc culturel, et le single « Light My Fire » (dans sa version courte) devient numéro 1. Ils confirment leur statut la même année avec l’album Strange Days.
En 1968, Waiting for the Sun devient leur seul album à atteindre la première place des classements. Cependant, la célébrité de Jim Morrison commence à lui peser. Son comportement devient de plus en plus erratique, alimenté par l’alcool et les drogues. Le 1er mars 1969, lors d’un concert à Miami, un Morrison ivre provoque le public, entraînant un procès pour « obscénité » qui ternira la réputation du groupe et provoquera l’annulation de nombreuses dates. L’album The Soft Parade (1969), utilisant des arrangements de cuivres et de cordes, est fraîchement accueilli.
Le groupe décide alors d’un retour aux sources. Morrison Hotel (1970) est un album de pur Blues Rock brut et direct, qui est acclamé par la critique. Ils poursuivent dans cette voie avec L.A. Woman (1971), enregistré dans leur local de répétition pour un son encore plus authentique. Épuisé, Jim Morrison part s’installer à Paris en mars 1971 pour se consacrer à la poésie. Il est retrouvé mort dans sa baignoire le 3 juillet 1971. Le trio restant sortira deux albums avant de se séparer officiellement en 1973.
Les membres du groupe
- Jim Morrison : Le chanteur, poète, parolier et icône. Sa voix de baryton et son personnage de « Roi Lézard » ont défini l’image du groupe. Ses textes, influencés par Rimbaud, Blake et Nietzsche, explorent le sexe, la mort et la transgression.
- Ray Manzarek : L’architecte sonore du groupe. Son jeu d’orgue (Vox Continental) est la mélodie principale. Surtout, il pallie l’absence de bassiste en jouant les lignes de basse de sa main gauche sur un clavier Fender Rhodes Piano Bass.
- Robby Krieger : Un guitariste atypique. Il a écrit ou co-écrit plusieurs des plus grands hits du groupe (dont « Light My Fire »). Son style unique est un mélange de Blues Rock, de flamenco (il joue principalement aux doigts, sans médiator) et de raga indien.
- John Densmore : Un batteur au style très Jazz, influencé par Elvin Jones (batteur de John Coltrane). Son approche rythmique subtile, dynamique et ses influences latines (la « bossa nova » de « Break On Through ») sont essentielles aux longues improvisations du groupe.
Les Influences revendiquées
Les influences des Doors sont doubles. Musicalement, ils sont profondément ancrés dans le Blues Rock (Muddy Waters, Howlin’ Wolf, John Lee Hooker) et le Jazz (John Coltrane, Miles Davis). Jim Morrison était également un admirateur de chanteurs « crooners » comme Frank Sinatra ou Elvis Presley.
L’autre influence majeure est littéraire et philosophique, amenée par Morrison. Le nom même du groupe est tiré d’un essai d’Aldous Huxley, The Doors of Perception (Les Portes de la perception), qui citait lui-même un vers du poète William Blake. Morrison était un lecteur vorace des poètes maudits (Rimbaud, Baudelaire), des philosophes (Nietzsche) et des écrivains de la Beat Generation (Jack Kerouac).
Héritage
Les Doors ont créé un son unique dans l’histoire du rock, sombre, hypnotique et sans bassiste. Ils ont poussé le Rock Psychédélique dans ses retranchements les plus théâtraux, littéraires et dangereux, créant une faille dans l’optimisme du « Summer of Love ». Jim Morrison est devenu l’archétype du « poète maudit » du rock, une icône de la contre-culture dont l’attitude scénique a influencé des artistes comme Iggy Pop ou Patti Smith.
Au cœur du son : Analyse du matériel et des techniques
Le son de The Doors
Le son des Doors est défini par ce qui lui manque : il n’y a pas de bassiste. Cette absence est le cœur de leur son, car elle est comblée de manière créative par Ray Manzarek. Sa technique est la clé : De sa main droite, il joue les mélodies, les accords et les solos sur un orgue Vox Continental. Cet orgue produit le son aigu, perçant et presque baroque qui est la signature du groupe. De sa main gauche, il joue simultanément les lignes de basse sur un Fender Rhodes Piano Bass, un petit clavier au son grave, sourd et percussif, posé sur le Vox.
Par-dessus cette fondation, Robby Krieger tisse des lignes de guitare qui servent de contrepoint, souvent en « slide ». La batterie jazz de John Densmore, tout en finesse, crée la dynamique et l’espace nécessaires aux improvisations.
Pour les musiciens
- Ray Manzarek : L’orgue Vox Continental est son instrument principal pour les riffs et les solos. Le Fender Rhodes Piano Bass (modèle Silver Top) est utilisé pour les lignes de basse. Sur les derniers albums (L.A. Woman), il utilise un piano électrique Fender Rhodes standard, qui donne ce son aquatique et mélancolique à « Riders on the Storm ».
- Robby Krieger : Sa guitare de prédilection est la Gibson SG (principalement une Special et une Standard). Son style est marqué par le jeu aux doigts (« fingerstyle ») d’influence flamenco et l’utilisation fréquente du « bottleneck » (tube de verre ou de métal) pour le jeu en « slide ».
- John Densmore : Il utilise des batteries Ludwig et des cymbales Zildjian. Son jeu est très influencé par le Jazz, ce qui le distingue des batteurs rock plus « lourds » de l’époque, avec une grande sensibilité rythmique et des influences latines (bossa nova, mambo).
The Doors en 3 titres incontournables
Break On Through (To the Other Side) – 1967
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C’est la déclaration d’intention du groupe. Premier titre de leur premier album, « Break On Through » est une explosion contenue de 2 minutes 30 qui présente immédiatement tous les éléments de leur son : le rythme de batterie syncopé (une « bossa nova » nerveuse selon John Densmore), le riff d’orgue hypnotique et la guitare incisive. Surtout, il présente la poésie de Jim Morrison, un appel direct à « traverser » les portes de la perception et à explorer l’inconnu. C’est l’invitation brute à la transgression qui va définir leur carrière.
Love Me Two Times – 1967
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Ce titre est la « signature » parfaite du groupe. C’est la fusion idéale entre le Blues Rock (le riff de guitare très « bluesy » écrit par Robby Krieger) et le Rock Psychédélique (le solo d’orgue de Manzarek, qui sonne presque comme un clavecin baroque sous acide). Le texte de Morrison, simple en apparence (« Aime-moi deux fois, une pour demain, une pour aujourd’hui »), capture l’urgence hédoniste de l’époque. Cette urgence est accentuée par le contexte d’incertitude, comme la guerre du Vietnam (« love me two times ’cause I’m goin’ away »). C’est un tube sombre et incroyablement efficace.
Riders on the Storm – 1971
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C’est leur épitaphe. Dernier titre du dernier album enregistré avec Jim Morrison (L.A. Woman), et la dernière chanson qu’il ait enregistrée. C’est une atmosphère avant d’être une chanson. Le groupe abandonne l’orgue Vox pour le son aquatique et mélancolique du piano électrique Fender Rhodes. L’ambiance est cinématographique, un « film noir » sonore complété par les effets de pluie et de tonnerre. Les paroles de Morrison, chuchotées, sur « un cavalier dans la tempête », sonnent comme un adieu prophétique, celui du poète chaman qui accepte son destin et se dissout dans le paysage.
Albums The Doors
La discographie des Doors avec Jim Morrison est courte, dense et essentielle. Elle se compose de six albums studio enregistrés en seulement quatre ans.
- 1967 – The Doors
- 1967 – Strange Days
- 1968 – Waiting for the Sun
- 1969 – The Soft Parade
- 1970 – Morrison Hotel
- 1971 – L.A. Woman
- 1978 – An American Prayer (posthume)
Les meilleurs titres de The Doors
- Break On Through (To the Other Side) – 1967 – The Doors
- Soul Kitchen – 1967 – The Doors
- Light My Fire – 1967 – The Doors
- The End – 1967 – The Doors
- Strange Days – 1967 – Strange Days
- Love Me Two Times – 1967 – Strange Days
- Hello, I Love You – 1968 – Waiting for the Sun
- Love Street – 1968 – Waiting for the Sun
- Five to One – 1968 – Waiting for the Sun
- Touch Me – 1969 – The Soft Parade
- Roadhouse Blues – 1970 – Morrison Hotel
- L.A. Woman – 1971 – L.A. Woman
- Love Her Madly – 1971 – L.A. Woman
- Riders on the Storm – 1971 – L.A. Woman
Où écouter ce Best Of ?
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The Doors en Live
Les concerts des Doors étaient des événements imprévisibles, souvent chaotiques. Ils pouvaient passer de moments de pure transe musicale, où le groupe improvisait longuement, à des confrontations directes entre un Jim Morrison provocateur et le public. Cette instabilité a atteint son point de rupture lors du fameux concert de Miami en mars 1969. Un Morrison ivre aurait (les preuves concrètes manquent) exhibé ses parties génitales sur scène, entraînant un procès pour « obscénité » et « exhibition indécente », ce qui a conduit à l’annulation de la plupart de leurs concerts aux États-Unis.
Les groupes similaires
- The Velvet Underground : L’autre face sombre du rock psychédélique, basée à New York, partageant avec les Doors un goût pour la poésie urbaine et les thèmes transgressifs.
- Iggy Pop / The Stooges : Iggy Pop est l’héritier direct de la performance scénique « chamanique », dangereuse et autodestructrice de Jim Morrison.
- Echo & the Bunnymen : Un groupe post-punk des années 1980 dont le chanteur, Ian McCulloch, a souvent été comparé à Morrison pour son timbre de voix baryton et son attitude distante.
- Jefferson Airplane : L’autre pilier du Rock Psychédélique de la côte Ouest, bien que leur approche ait été plus politique et ancrée dans l’idéalisme « peace and love ».
The Doors : la synthèse du Jukebox
Les Doors ont créé une faille dans le « Summer of Love » de 1967. Ils ont injecté le danger, la poésie sombre, le sexe et la mort dans un rock psychédélique jusqu’alors souvent optimiste. Avec un son unique au monde, sans bassiste mais dominé par un orgue baroque et une guitare blues/flamenco, ils ont servi de toile de fond aux visions chamaniques et autodestructrices de Jim Morrison. Ils restent l’archétype du groupe de rock transgressif, dont la musique vénéneuse n’a rien perdu de sa puissance.
