Il y a eu un avant et un après Run-D.M.C.. Avant eux, le Rap était souvent une musique de fête, teintée de Disco et de costumes à paillettes. En débarquant de Hollis (Queens) au début des années 1980, ce trio a tout rasé pour imposer le « New School » : un son dur, minimaliste, social et agressif. En étant les premiers à porter leurs vêtements de rue sur scène et à fusionner le Rap avec le Rock, ils ont transformé une culture de quartier en une industrie mondiale, ouvrant la voie à l’âge d’or du Hip-Hop Old School.
Fiche d’identité de Run-D.M.C.
Style(s) : Hip-Hop Old School, Rap Rock
Origine : Hollis, Queens, New York (USA)
Année de création : 1983
Statut actuel : Séparé (suite au décès de Jam Master Jay en 2002)
Membres emblématiques : Joseph « Run » Simmons, Darryl « D.M.C. » McDaniels, Jason « Jam Master Jay » Mizell
Album culte : Raising Hell (1986)
L’histoire de Run-D.M.C. : Biographie, membres et influences
Biographie : De Hollis au Madison Square Garden
L’histoire commence au début des années 1980 dans le quartier de Hollis, dans le Queens. Joseph Simmons (alias Run) et Darryl McDaniels (alias D.M.C.) commencent à écrire des rimes ensemble, soutenus par le frère aîné de Joseph, Russell Simmons, futur magnat du Hip-Hop. Ils recrutent un DJ local prodige, Jason Mizell (Jam Master Jay), pour former le groupe.
En 1983, leur premier single It’s Like That fait l’effet d’une bombe. Fini les basses funk et les arrangements disco de l’époque Sugarhill Gang. Run-D.M.C. propose un son sec, brutal, uniquement composé de boîtes à rythmes et de voix. Ils inventent le rap « dur ». Leur ascension est fulgurante. En 1984, ils sont déjà les premiers rappeurs à obtenir un disque d’or.
L’année 1986 marque leur apogée avec l’album Raising Hell, produit par Rick Rubin. Grâce au tube Walk This Way en duo avec Aerosmith, ils brisent la barrière raciale et musicale entre le public Rap et le public Rock, devenant le premier groupe de Hip-Hop à tourner en rotation lourde sur MTV.
C’est durant cette période que se déroule l’une des anecdotes les plus célèbres de l’histoire du marketing musical. Le groupe, qui ne porte que des Adidas Superstar, écrit le titre My Adidas. Les dirigeants de la marque allemande, sceptiques, sont invités par le groupe à un concert au Madison Square Garden. Avant de jouer le morceau, Run demande à la foule de 20 000 personnes de lever une chaussure en l’air. Devant cette marée de baskets, Adidas signe immédiatement un contrat de sponsoring d’un million de dollars, une première historique pour des rappeurs qui n’étaient pas des athlètes.
Les années 1990 sont plus difficiles. L’émergence du Gangsta Rap et de sons plus complexes rend leur style minimaliste moins populaire. Malgré un retour critique avec l’album Down With the King (1993), le groupe ralentit la cadence. L’aventure s’arrête brutalement le 30 octobre 2002 : Jam Master Jay est assassiné dans son studio d’enregistrement à New York. Dévastés, Run et D.M.C. annoncent la dissolution immédiate et définitive du groupe, refusant de continuer sans leur DJ.
Les membres clés
- Joseph « Run » Simmons : Le leader charismatique au flow percutant et énergique. Il est devenu plus tard révérend (« Rev Run »).
- Darryl « D.M.C. » McDaniels : La voix de basse, puissante et autoritaire. Son style vestimentaire (lunettes Cazal) a défini le look B-Boy.
- Jam Master Jay : L’âme musicale du groupe. DJ virtuose, il créait les rythmiques et habillait les morceaux avec ses scratchs précis. Il était aussi le mentor de futurs grands comme 50 Cent.
Les influences revendiquées
Run-D.M.C. voulait être « Le Roi du Rock ». Ils ont puisé leur énergie dans le Hard Rock et le Heavy Metal pour la puissance sonore. Côté Hip-Hop, ils s’inspiraient des routines live des Cold Crush Brothers (pionniers du Bronx). Ils citent également le groupe allemand Kraftwerk pour l’utilisation novatrice des boîtes à rythmes électroniques.
Héritage
Ils sont les « Beatles du Hip-Hop ».
- Visuel : Ils ont imposé l’uniforme du rappeur : chapeau Kangol, grosses chaînes en or (Dookie ropes), blousons en cuir noir et Adidas Superstar portées sans lacets.
- Industrie : Ils ont été les premiers à obtenir un disque de Platine, les premiers en couverture de Rolling Stone, et les premiers à signer un gros contrat de sponsoring. Ils ont transformé le Rap en business viable.
Au cœur du son : Analyse du matériel et des techniques
Le son Run-D.M.C.
Le son du groupe se définit par un minimalisme agressif. Contrairement au funk, ils suppriment souvent la ligne de basse mélodique pour ne garder que la batterie (Kick et Snare) très forte. Ils ajoutent à cela des éléments de Rock : des riffs de guitare électrique saturés (joués par des musiciens de studio) qui remplacent les mélodies de synthétiseurs. C’est ce mélange de « beats and rhymes » (rythmes et rimes) qui crée leur signature sonore brute.
Pour les musiciens
- La boîte à rythmes : La pièce maîtresse de leurs débuts est l’Oberheim DMX. C’est cette machine qui donne ce son de batterie lourd, sec et robotique caractéristique de leurs premiers tubes comme Sucker M.C.’s.
- Le Producteur : Le rôle de Rick Rubin (fondateur de Def Jam) est capital. C’est lui qui a « nettoyé » leur son pour le rendre aussi sec que du AC/DC, réduisant les arrangements au strict minimum.
- Technique vocale : Ils ont popularisé le style « Tag Team ». Run et D.M.C. finissent les phrases de l’autre ou crient la dernière rime ensemble, créant un effet de puissance et d’unité vocale qui compense l’absence d’instruments mélodiques.
Run-D.M.C. en 3 titres incontournables
It’s Like That – 1983
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C’est le manifeste du « New School ». Dès les premières secondes, on entend la différence : pas de basse, pas de mélodie joyeuse, juste une boîte à rythmes froide qui tape fort. Les paroles rompent avec l’hédonisme des débuts du rap pour aborder la réalité sociale dure : le chômage, la pauvreté, la mort (« It’s like that, and that’s the way it is »). C’est un morceau sombre et sérieux qui a prouvé que le rap pouvait être une musique de commentaire social pertinente, tout en étant taillée pour les clubs.
Walk This Way (feat. Aerosmith) – 1986
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C’est la fusion qui a changé le monde de la musique. Sur une idée de Rick Rubin, Run-D.M.C. reprend ce classique d’Aerosmith en rappant sur le beat. Le clip vidéo illustre littéralement la destruction du mur séparant deux studios (celui des rockeurs et celui des rappeurs). Le riff de guitare de Joe Perry et le refrain de Steven Tyler se marient parfaitement au flow des MCs. Ce titre a propulsé le rap dans les foyers de l’Amérique blanche via MTV et reste l’exemple le plus réussi de Rap-Rock de l’histoire.
It’s Tricky – 1986
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Après le sérieux et le rock, place au fun. Ce titre montre l’aisance technique du duo. Construit sur un sample du tube rock My Sharona de The Knack, le morceau est rapide et entraînant. Run et D.M.C. s’y échangent les rimes avec une fluidité impressionnante, racontant avec humour les difficultés du métier de rappeur (les filles, les détracteurs, la technique). C’est un tube pop parfait qui a permis de populariser le rap auprès d’un public très large.
Albums de Run-D.M.C.
Voici les albums studio du groupe :
- 1984 – Run-D.M.C.
- 1985 – King of Rock
- 1986 – Raising Hell (L’incontournable absolu)
- 1988 – Tougher Than Leather
- 1990 – Back from Hell
- 1993 – Down with the King
- 2001 – Crown Royal
Albums essentiels : Commencez par Run-D.M.C. (1984) pour comprendre la rupture sonore, puis Raising Hell (1986), qui est leur chef-d’œuvre et l’un des plus grands albums de l’histoire du Hip-Hop.
Les meilleurs titres de Run-D.M.C.
- It’s Like That – 1983 – Run-D.M.C.
- Sucker M.C.’s (Krush-Groove 1) – 1983 – Run-D.M.C.
- Rock Box – 1984 – Run-D.M.C.
- King of Rock – 1985 – King of Rock
- Peter Piper – 1986 – Raising Hell
- Walk This Way (feat. Aerosmith) – 1986 – Raising Hell
- My Adidas – 1986 – Raising Hell
- It’s Tricky – 1986 – Raising Hell
- Run’s House – 1988 – Tougher Than Leather
- Beats to the Rhyme – 1988 – Tougher Than Leather
- Down With the King (feat. Pete Rock & CL Smooth) – 1993 – Down With the King
Où écouter ce Best Of Run-D.M.C. ?
Sur YouTube :
Et sur vos plateformes habituelles :
Run-D.M.C. en Live
Sur scène, Run-D.M.C. dégageait une énergie brute incomparable. Pas de danseurs chorégraphiés, pas de pyrotechnie : juste deux MCs arpentant la scène de long en large et un DJ en hauteur. Ils ont été les premiers rappeurs à remplir des stades lors de la tournée Fresh Fest. Leur interaction avec la foule est légendaire, notamment leur capacité à faire répondre le public (le fameux « Whose House? Run’s House! »). Ils ont transformé le concert de rap en une grand-messe rock, intense et physique.
Les groupes similaires
- Beastie Boys : Leurs « petits frères » du label Def Jam. Ils partageaient le même producteur (Rick Rubin), la même fusion Rap/Rock et ont même fait leur première tournée en ouverture de Run-D.M.C.
- LL Cool J : L’autre superstar solo de l’écurie Def Jam à la même époque, qui partageait ce style agressif et minimaliste (« Radio »).
- Public Enemy : Bien que plus politisés, ils ont hérité de l’approche sonore bruyante et de l’iconographie forte de Run-D.M.C.
- The Fat Boys : Un autre trio du Queens contemporain de Run-D.M.C., connu pour leur beatbox et une approche plus humoristique du rap old school.
Run-D.M.C. : la synthèse du Jukebox
Run-D.M.C. a tout inventé : le son, le look, et l’attitude du Hip-Hop moderne. Ils ont sorti le rap des fêtes de quartier pour en faire une culture mondiale dominante. En refusant de se compromettre et en imposant leur style brut aux radios rock et pop, ils ont ouvert des portes que tous les rappeurs, de Jay-Z à Eminem, ont franchies par la suite. Ils restent, à jamais, les Rois du Rap-Rock.
