Si Daft Punk sont les robots, Justice sont les humains en cuir. Arrivés au milieu des années 2000, Gaspard Augé et Xavier de Rosnay ont incarné la deuxième vague de la French Touch (souvent appelée « French Touch 2.0 ») sous la bannière du label culte Ed Banger Records. En injectant l’imagerie et la violence du Heavy Metal et du Rock dans la musique Electro, ils ont donné un second souffle au genre, créant un pont unique entre les clubbers et les rockeurs.
Fiche d’identité de Justice
Style(s) : French Touch, Electro-Rock, Electroclash
Origine : Paris, France
Année de création : 2003
Statut actuel : En activité
Membres emblématiques : Gaspard Augé, Xavier de Rosnay
Album culte : † (Cross) (2007)
L’histoire de Justice : De graphistes à idoles
Biographie : La croix et la bannière
Tout commence en 2003. Gaspard Augé et Xavier de Rosnay sont graphistes et musiciens amateurs. Pour un concours organisé par une radio, ils remixent le titre Never Be Alone du groupe de rock Simian. Ils ne gagnent pas le concours, mais Pedro Winter (alias Busy P, manager de Daft Punk et patron du label Ed Banger) tombe amoureux du morceau. Il le sort sur son label, et le succès est immédiat dans les clubs underground.
En 2007, le duo lâche une bombe : l’album † (prononcé « Cross »). C’est un mélange inédit de mélodies pop et de distorsion agressive. L’album devient un phénomène mondial, porté par le tube D.A.N.C.E.. Le duo part en tournée mondiale, documentée dans le film A Cross the Universe, où ils adoptent une attitude de véritables rockstars (foule en délire, arrestations, chaos).
Refusant de se répéter, ils surprennent tout le monde en 2011 avec Audio, Video, Disco, un album qui délaisse la techno pour le Rock Progressif des années 70. Après Woman (2016) et un Grammy Award pour l’album de remix Woman Worldwide, le groupe fait une longue pause. Ils reviennent en force en 2024 avec Hyperdrama, un album ambitieux collaborant notamment avec Tame Impala, prouvant qu’ils restent les patrons de l’électro française.
Les membres
- Gaspard Augé : Reconnaissable à sa grande taille, ses cheveux longs et sa moustache, il incarne l’image « Rock 70s » du duo. Il apporte souvent le côté brut et les riffs de synthétiseurs épiques. C’est aussi lui qui a travaillé le plus sur l’identité visuelle du groupe (pochettes, clips) à ses débuts.
- Xavier de Rosnay : Souvent considéré comme le technicien de l’ombre au style plus sobre. C’est un producteur méticuleux, obsédé par le détail et le découpage chirurgical des samples (« micro-sampling »). Leur complémentarité réside dans cet équilibre entre l’instinct rock de Gaspard et la précision chirurgicale de Xavier.
Les influences revendiquées
- Metallica & Heavy Metal : Justice a toujours revendiqué l’esthétique du Metal (le logo, les vestes en cuir) et l’énergie brute, bien plus que l’héritage Techno.
- Disco & Funk : Malgré la saturation, leurs lignes de basse sont directement héritées du Disco et du Slap Bass (basse claquée) des années 70/80.
- Goblin : Ce groupe de rock progressif italien (célèbre pour les B.O. des films d’horreur de Dario Argento) est une influence majeure pour leurs synthétiseurs baroques et orchestraux.
Héritage
Justice a défini le son des années 2000 (le « Blog House » era). Ils ont décomplexé la musique électronique en y apportant une saleté et une énergie rock qui manquaient à l’époque. Ils sont les pères spirituels de toute une génération de producteurs comme Skrillex ou Madeon.
Au cœur du son : Analyse du matériel et des techniques
Le son Justice
Le son de Justice est immédiatement reconnaissable : c’est le « Micro-sampling ». Ils découpent des échantillons minuscules (une fraction de seconde d’une chanson disco) et les recollent pour créer de nouvelles mélodies. L’autre signature est la compression extrême et la distorsion. Ils traitent les synthétiseurs comme des guitares électriques, les faisant passer dans des pédales d’effets pour obtenir ce son « croustillant » et agressif.
Pour les musiciens
- Matériel : Une légende urbaine tenace voulait qu’ils aient produit leur premier album sur le logiciel basique GarageBand. En réalité, ils travaillaient sur Cubase et Logic Pro. La particularité de leurs débuts est qu’ils utilisaient très peu de synthétiseurs physiques (« hardware »), préférant travailler « in the box » (tout sur ordinateur) pour sculpter le son avec des plugins.
- Le mur de Marshall : Sur scène, leur scénographie est iconique : une croix lumineuse géante entourée de deux murs d’amplis Marshall. C’est un pur décor (les amplis ne sont pas branchés), un hommage assumé à l’esthétique du Rock ‘n’ Roll.
Justice en 4 titres incontournables
Never Be Alone (We Are Your Friends) – 2003
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C’est le Big Bang. À l’origine un remix du groupe Simian, ce titre est devenu l’hymne fondateur du label Ed Banger. Le contraste entre la voix pop-rock mélancolique (« We are your friends, you’ll never be alone again ») et la basse électronique ultra-saturée a créé un nouveau genre. C’est un morceau d’euphorie pure, capable de retourner n’importe quel dancefloor 20 ans après.
D.A.N.C.E. – 2007
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Le contre-pied total. Alors qu’ils étaient attendus sur un terrain techno violent, Justice sort un tube pop joyeux en hommage à Michael Jackson (les paroles sont remplies de références aux Jackson 5). Porté par une chorale d’enfants anglais et un clip aux t-shirts animés, le morceau est un succès radio mondial qui prouve leur talent de mélodistes hors pair.
Civilization – 2011
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Le tournant « Stade ». Choisi par Adidas pour une campagne mondiale, ce titre marque l’évolution du groupe vers le Rock Progressif. Tout y est plus grand, plus épique. La voix est traitée comme celle d’un chanteur de Hard Rock, les synthétiseurs imitent des orgues d’église, et le rythme est lourd et martial (le fameux « stomp-clap » emprunté à We Will Rock You de Queen).
Generator – 2024
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Le retour aux sources. Issu de l’album Hyperdrama, ce titre rassure les fans de la première heure. Justice renoue avec une Techno dure, froide et industrielle (style EBM). Les basses sont tranchantes, les violons disco surgissent au milieu du chaos mécanique. C’est la preuve qu’après deux décennies, ils n’ont rien perdu de leur tranchant.
Albums de Justice
Albums Studio :
- 2007 – † (Cross) (Le classique absolu)
- 2011 – Audio, Video, Disco (Le virage Rock 70s)
- 2016 – Woman (Plus pop et solaire)
- 2024 – Hyperdrama (Le retour moderne et collaboratif)
Albums Live / Remix :
- 2008 – A Cross the Universe (Live)
- 2018 – Woman Worldwide (Album de remix récompensé aux Grammys)
Albums essentiels : † (Cross) est indispensable, c’est la pierre angulaire de l’électro française des années 2000.
Les meilleurs titres de Justice
- Never Be Alone (We Are Your Friends) – 2003 – Simian Remix
- Waters of Nazareth – 2005 – Cross
- D.A.N.C.E. – 2007 – Cross
- Genesis – 2007 – Cross
- Phantom Pt. II – 2007 – Cross
- DVNO – 2007 – Cross
- Stress – 2007 – Cross
- Civilization – 2011 – Audio, Video, Disco
- Audio, Video, Disco – 2011 – Audio, Video, Disco
- On’n’On – 2011 – Audio, Video, Disco
- Safe and Sound – 2016 – Woman
- Randy – 2016 – Woman
- Generator – 2024 – Hyperdrama
- One Night/All Night (feat. Tame Impala) – 2024 – Hyperdrama
- Incognito – 2024 – Hyperdrama
Où écouter ce Best Of Justice ?
Sur YouTube :
Et sur vos plateformes habituelles :
Justice en Live
Un concert de Justice n’a rien à voir avec un set de DJ classique. Gaspard et Xavier ne sont pas cachés derrière un ordinateur portable. Ils sont entourés de machines analogiques, de synthétiseurs modulaires et de contrôleurs, triturant le son en direct. Ils fument, sautent dans la foule, s’arrêtent pour saluer le public du haut de leur balcon d’amplis. L’élément central, la Croix lumineuse, évolue avec la musique, transformant la salle en une messe électronique païenne.
Les groupes similaires
- Daft Punk : Les grands frères et mentors. Sans Homework, il n’y aurait probablement pas eu de Justice.
- SebastiAn : Le collègue de label le plus proche. Son son est encore plus saturé, déstructuré et violent que celui de Justice.
- The Chemical Brothers : Pour la longévité et cette capacité à mélanger l’efficacité de la Techno avec l’énergie du Rock.
- Gesaffelstein : Le « Prince Noir » de la techno française. Il partage avec Justice ce goût pour l’élégance sombre, les costumes sur mesure et l’esthétique industrielle.
Justice : la synthèse du Jukebox
Justice a réussi le pari fou de faire aimer la techno aux fans de Metal et le rock aux clubbers. En refusant de choisir entre la mélodie pop et la violence sonore, ils ont créé une esthétique unique, à la fois sale et sophistiquée. Vingt ans après leurs débuts, ils restent les patrons indiscutables de la scène électronique française, portant haut les couleurs d’Ed Banger Records à travers le monde.
