B.B. King : L’ambassadeur mondial du blues électrique

B.B. King - Blues

B.B. King (né Riley B. King) est la figure la plus emblématique de l’histoire du blues. Originaire du Mississippi, il a modernisé le genre dans les années 1950 en définissant le vocabulaire de la guitare soliste électrique : un jeu économe en notes, mais caractérisé par un vibrato main gauche rapide et très expressif.

Inséparable de sa guitare Gibson surnommée « Lucille », il est connu pour ne jamais jouer d’accords pendant qu’il chante, créant un véritable dialogue entre sa voix et son instrument. Infatigable bête de scène (donnant jusqu’à 300 concerts par an), il a permis au blues de dépasser son audience initiale pour toucher le grand public international.

Fiche d’identité de B.B. King

Style(s) : Blues, Memphis Blues, Electric Blues
Origine : Itta Bena, Mississippi (puis Memphis, Tennessee)
Année de création : 1949 (Début de carrière professionnelle)
Statut actuel : Décédé (1925-2015)
Membres emblématiques : B.B. King (né Riley B. King)
Album culte : Live at the Regal (1965)

L’histoire de B.B. King : Biographie et influences

Biographie : De la plantation à l’icône mondiale

Riley B. King naît dans une plantation de coton du Mississippi. En 1948, il rejoint Memphis (Tennessee) pour tenter sa chance. Il trouve un emploi de DJ sur la radio locale WDIA, où il gagne son surnom : « Beale Street Blues Boy », raccourci ensuite en « Blues Boy », puis B.B.

L’année 1949 forge sa légende. Lors d’un concert à Twist (Arkansas), une bagarre éclate et renverse un poêle à kérosène, incendiant la salle. King s’enfuit mais retourne à l’intérieur pour sauver sa guitare. Apprenant que la dispute concernait une femme prénommée Lucille, il décide de baptiser ainsi toutes ses futures guitares pour se rappeler de ne jamais agir aussi imprudemment.

Durant des décennies, B.B. King parcourt inlassablement le « Chitlin’ Circuit » (le réseau de salles afro-américaines), assurant une moyenne de 300 concerts par an. En 1969, le succès de The Thrill Is Gone lui permet de toucher le public blanc et de devenir une star internationale. Il collaborera par la suite avec U2 ou Eric Clapton, tournant jusqu’à sa mort en 2015 à l’âge de 89 ans.

Les influences revendiquées

B.B. King a été initié au blues par son cousin Bukka White, un maître du blues rural. Cependant, pour la guitare électrique, son modèle absolu est T-Bone Walker, dont il a repris l’élégance et le phrasé jazzy. Il cite également le guitariste de jazz manouche Django Reinhardt et le soliste Lonnie Johnson comme inspirations majeures pour son sens de la mélodie.

Héritage

B.B. King a défini le vocabulaire du soliste moderne. À l’époque où beaucoup de bluesmen du Delta utilisaient le bottleneck (tube de verre glissé sur le doigt) pour faire chanter la guitare, King a développé une technique de jeu « note à note » (single note playing) aux doigts. En utilisant des bends (tirés de cordes) précis pour imiter la voix humaine, il a influencé tous les grands guitaristes rock, de Jimi Hendrix à Stevie Ray Vaughan.

Au cœur du son : Analyse du matériel et des techniques

Le son de B.B. King

Son identité sonore est marquée par la clarté et l’économie de notes. Il applique strictement le principe du Call and Response (appel et réponse) : la guitare ne joue jamais en même temps que la voix, elle remplit les espaces comme un second chanteur. Sa technique la plus célèbre reste son vibrato unique, rapide et serré (surnommé « butterfly »), obtenu par une oscillation du poignet gauche qui prolonge le sustain de la note.

Pour les musiciens : les instruments et le matériel

  • Guitare : B.B. King est indissociable de la Gibson ES-355. Son modèle signature, la Gibson Lucille, est une guitare demi-caisse (semi-hollow) dépourvue d’ouïes (f-holes) afin d’éviter le larsen à fort volume. Elle est équipée d’un sélecteur Varitone qui coupe certaines fréquences pour obtenir un son plus fin et nasal.
  • Ampli : Contrairement aux puristes du blues qui cherchent à faire saturer les lampes, B.B. King recherchait un son puissant mais parfaitement clair (clean headroom). S’il a beaucoup utilisé le Fender Twin Reverb, il est surtout célèbre pour sa fidélité au Lab Series L5, un amplificateur à transistors conçu par Moog et Gibson, apprécié pour sa clarté absolue.

B.B. King en 4 titres incontournables

Three O’Clock Blues – 1951

3 O'Clock Blues (Live At Western Recorders Studio1/1974)

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Premier succès majeur de King, cette reprise de Lowell Fulson est restée numéro 1 des charts R&B pendant cinq semaines. On y entend un jeune B.B. King encore très marqué par l’influence de T-Bone Walker, posant les bases de son style : une voix puissante couplée à des phrases de guitare concises et mélancoliques.

Sweet Little Angel – 1956

B.B. King - Sweet Little Angel (Live)

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Ce standard illustre la palette vocale de King, notamment son usage fréquent du fausset pour accentuer l’émotion. Côté guitare, le solo est souvent cité en exemple pour sa gestion de la dynamique : King utilise le silence et l’espace autant que les notes, construisant une tension progressive au lieu de miser sur la vitesse.

How Blue Can You Get? – 1964

B.B. King - How Blue Can You Get (Live)

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Ce titre met en avant le talent de conteur (storyteller) de B.B. King, mêlant blues et humour cynique. La chanson est célèbre pour son crescendo narratif où il énumère les sacrifices faits pour une femme ingrate, culminant avec la célèbre réplique : « I gave you a brand new Ford, and you said ‘I want a Cadillac’ ».

The Thrill Is Gone – 1969

B.B. King - The Thrill Is Gone (Live at Blues Summit)

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C’est le titre de la consécration internationale (récompensé par un Grammy Award). Pour la première fois, le producteur Bill Szymczyk décide d’ajouter une section de cordes (violons) sur un morceau de blues pur. Ce contraste entre la voix rugueuse de King, le son perçant de « Lucille » et la nappe orchestrale crée une texture moderne qui permettra au blues de toucher le grand public pop.

Albums de B.B. King

(Sélection des albums majeurs studio et live)

  • 1956 – Singin’ the Blues
  • 1965 – Live at the Regal
  • 1968 – Lucille
  • 1969 – Live & Well
  • 1969 – Completely Well
  • 1970 – Indianola Mississippi Seeds
  • 1971 – Live in Cook County Jail
  • 1973 – To Know You Is to Love You
  • 1978 – Midnight Believer
  • 1981 – There Must Be a Better World Somewhere
  • 1993 – Blues Summit
  • 1998 – Blues on the Bayou
  • 2000 – Riding with the King (avec Eric Clapton)
  • 2008 – One Kind Favor

Albums essentiels : S’il ne fallait en retenir qu’un, ce serait Live at the Regal (1965), enregistré à Chicago. C’est universellement considéré comme l’un des plus grands albums live de l’histoire, capturant B.B. King au sommet de sa forme vocale et instrumentale. En studio, Completely Well (1969) est incontournable pour la présence de The Thrill Is Gone. Enfin, Riding with the King (2000), son album duo avec Eric Clapton, est un magnifique passage de témoin et un succès commercial tardif.

Les meilleurs titres de B.B. King

  1. Three O’Clock Blues – 1951 – Single
  2. You Upset Me Baby – 1954 – Single
  3. Every Day I Have the Blues – 1955 – Single
  4. Sweet Little Angel – 1956 – Single
  5. Rock Me Baby – 1964 – Rock Me Baby
  6. How Blue Can You Get? – 1965 – Live at the Regal
  7. Paying the Cost to Be the Boss – 1968 – Blues on Top of Blues
  8. The Thrill Is Gone – 1969 – Completely Well
  9. Chains and Things – 1970 – Indianola Mississippi Seeds
  10. To Know You Is to Love You – 1973 – To Know You Is to Love You
  11. When Love Comes to Town (avec U2) – 1988 – Rattle and Hum
  12. Riding with the King (avec Eric Clapton) – 2000 – Riding with the King

Où écouter ce Best Of Louis Armstrong ?

Sur YouTube :

Playlist: B.B. King - Le Best Of - Le Jukebox 🎺
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Et sur vos plateformes habituelles :

B.B. King en Live

Sur scène, B.B. King incarnait l’élégance du blues urbain. Toujours vêtu d’un smoking, il se produisait accompagné d’un orchestre complet incluant une importante section de cuivres (brass section), qu’il dirigeait subtilement.

Ses concerts étaient autant musicaux que narratifs : King prenait le temps de dialoguer avec le public, racontant la genèse de ses chansons. Lors des dernières décennies de sa carrière, il jouait assis, misant sur l’intensité de son vibrato et la dynamique de son orchestre plutôt que sur l’énergie physique.

Groupes et artistes similaires

Albert King

Souvent cité avec B.B. et Freddie comme l’un des « Trois Rois » de la guitare blues (sans lien de parenté), Albert King propose une approche différente. Gaucher jouant sur une Gibson Flying V, il se distingue par des bends (tirés de cordes) d’une amplitude extrême et un son plus lourd qui influencera le hard rock.

Freddie King

Le troisième « King », surnommé le « Texas Cannonball ». Freddie King incarne un style plus agressif et rapide, faisant le pont entre le blues texan et le son électrique de Chicago. C’est lui qui a le plus influencé la génération blues-rock anglaise (notamment Eric Clapton).

Buddy Guy

Représentant majeur du Chicago Blues, Buddy Guy offre un contraste frappant avec B.B. King. Là où King est tout en retenue et en élégance, Guy est un showman explosif, connu pour son jeu imprévisible, saturé et sauvage, préfigurant Jimi Hendrix.

Eric Clapton

Le plus célèbre disciple britannique. Bien que Eric Clapton ait évolué vers le rock, son phrasé reste profondément marqué par l’économie de notes de B.B. King. Les deux hommes ont scellé cette filiation avec l’album commun Riding with the King en 2000.

Muddy Waters

La figure tutélaire du Chicago Blues. La comparaison avec Muddy Waters permet de comprendre l’histoire du genre : Muddy incarne le son rural électrifié, brut et rythmique (basé sur le riff), tandis que B.B. King représente le blues urbain de Memphis, soliste, jazzy et sophistiqué.

B.B. King : la synthèse du Jukebox

B.B. King a professionnalisé l’image du bluesman. En délaissant le cliché de l’artiste maudit pour celui d’un musicien sophistiqué en smoking, il a ouvert les portes des grandes salles internationales à une musique issue du Delta du Mississippi. Son héritage musical est technique : en imposant le solo « note à note » expressif comme standard, il a défini la manière dont la guitare électrique est jouée dans le rock, la pop et le blues depuis plus d’un demi-siècle.

Questions fréquentes sur B.B. King

B.B. est l’abréviation de « Blues Boy ». C’est le surnom qu’il a reçu lorsqu’il travaillait comme DJ à la radio WDIA de Memphis à la fin des années 1940. Son surnom complet était « Beale Street Blues Boy ».

En 1949, B.B. King jouait dans une salle de danse chauffée par un baril de kérosène en feu. Deux hommes se sont battus, renversant le baril et incendiant la salle. B.B. King est retourné dans le bâtiment en flammes pour sauver sa guitare. Il a appris que la bagarre avait éclaté à cause d’une femme nommée Lucille. Il a baptisé sa guitare ainsi pour se rappeler de ne jamais refaire une telle imprudence.

B.B. King plaisantait souvent en disant qu’il était « mauvais » pour jouer des accords. En réalité, il préférait se concentrer sur le chant et le jeu solo. Il avait développé une technique où il ne chantait jamais et ne jouait jamais de guitare en même temps : c’était toujours un dialogue (Appel et Réponse) entre sa voix et l’instrument.