Ruth Brown : La signature vocale du rhythm and blues

Ruth Brown - Rhythm and Blues

Surnommée « Miss Rhythm », Ruth Brown a dominé les classements R&B des années 1950. Sa réussite fut telle que la maison de disques Atlantic Records est encore surnommée « The House that Ruth Built » (la maison que Ruth a bâtie). Dotée d’une voix puissante, elle a défini le son d’une époque, ouvrant la voie à la Soul et au Rock ‘n’ Roll, tout en devenant plus tard une figure militante pour la reconnaissance des droits des artistes pionniers.

Fiche d’identité de Ruth Brown

Style(s) : R&B (Rhythm and Blues), Pop, Jazz, Blues
Origine : Portsmouth, Virginie, États-Unis
Année de création : 1949 (Signature chez Atlantic Records)
Statut actuel : Décédée (1928-2006)
Membres emblématiques : Ruth Brown
Album culte : Rock & Roll (1957)

L’histoire de Ruth Brown : Biographie et combat

Biographie : De l’hôpital au panthéon

La carrière de Ruth Brown commence par un drame digne d’un film. En 1948, alors qu’elle voyage vers New York pour signer son premier contrat, elle est victime d’un grave accident de voiture. Elle passera près d’un an à l’hôpital. C’est sur son lit de convalescence qu’elle signe finalement avec Ahmet Ertegun, le fondateur d’un petit label naissant : Atlantic Records.

Dès sa sortie, elle enchaîne les succès. Entre 1949 et 1955, elle est la chanteuse noire la plus populaire d’Amérique. Ses tubes Teardrops from My Eyes et 5-10-15 Hours définissent le son du R&B naissant : une musique urbaine, rythmée et sophistiquée. Ses ventes sont si massives qu’elles permettent à Atlantic de payer ses factures et de se développer pour signer plus tard Ray Charles ou Aretha Franklin.

Mais l’arrivée du Rock ‘n’ Roll anglais et de la Soul dans les années 60 la pousse vers la sortie. Ruth Brown tombe dans l’oubli total. Pour survivre et élever ses enfants, elle doit travailler comme femme de ménage et conductrice de bus scolaire, loin des projecteurs.

Son retour en grâce dans les années 80 est spectaculaire. Elle décroche un rôle dans le film culte Hairspray (1988) et gagne un Tony Award pour la comédie musicale Black and Blue. Réalisant qu’elle ne touche presque aucune royauté sur ses anciens tubes vendus en CD, elle entame un combat juridique féroce contre l’industrie. Elle obtient gain de cause et co-fonde la Rhythm and Blues Foundation pour aider financièrement les pionniers du genre laissés pour compte.

Une fin de carrière triomphale : Loin de prendre sa retraite, elle vit une seconde jeunesse musicale dans les années 90. Elle enregistre plusieurs albums salués par la critique comme Fine and Mellow (1991) ou A Good Day for the Blues (1999). Elle continue de se produire sur scène avec une énergie intacte, parcourant les festivals de Jazz et de Blues à travers le monde jusqu’au début des années 2000. Elle donne ses derniers concerts quelques mois seulement avant sa mort, survenue en novembre 2006 à l’âge de 78 ans.

Les influences revendiquées

À ses débuts, Ruth Brown ne voulait pas chanter du R&B. Son rêve était d’être une chanteuse de ballades jazz comme ses idoles, Billie Holiday (pour le phrasé émotionnel) et Ella Fitzgerald. C’est Ahmet Ertegun qui l’a poussée à « mettre du rythme » dans sa voix, créant ainsi son style unique.

Héritage

Ruth Brown est la « Mère » du R&B moderne. Elle a pavé la voie vocale pour Etta James et Aretha Franklin, leur montrant qu’une femme pouvait être puissante, drôle et autoritaire sur un disque. Son héritage est aussi politique : grâce à son combat juridique, de nombreux artistes des années 50 ont enfin pu toucher l’argent qui leur était dû.

Au cœur du son

Le son « Miss Rhythm »

Ce qui caractérise Ruth Brown, c’est une signature vocale unique : un petit « squeak » (couinement ou sanglot) qu’elle place à la fin des notes montantes. Cela donne une impression d’urgence, de pleur retenu ou d’excitation sexuelle, selon la chanson.

Le conflit du rythme

Venant du Jazz, Ruth Brown avait tendance à chanter « derrière le temps » (lay back). Les producteurs d’Atlantic voulaient qu’elle chante « sur le temps » (le fameux backbeat binaire du R&B). Cette tension entre son phrasé jazz souple et la rigidité de la section rythmique a créé ce swing irrésistible qui a fait d’elle « Miss Rhythm ».

Ruth Brown en 4 titres incontournables

Teardrops from My Eyes – 1950

Teardrops from My Eyes

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C’est son premier numéro 1 R&B et le titre qui lui vaut son surnom. C’est une rupture nette avec les ballades tristes du Blues d’avant-guerre. Ici, même si les paroles parlent de pleurs, la musique invite à danser pour oublier. C’est l’essence même du « Jump Blues » qui se transforme en Rhythm and Blues.

(Mama) He Treats Your Daughter Mean – 1953

Ruth Brown - Hey Mama, He Treats Your Daughter Mean (Live)

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Son chef-d’œuvre absolu. Le rythme est tambourinant, presque agressif. Ruth Brown y déploie toute sa technique vocale : elle « hoquète » sur le refrain, jouant la fille en détresse tout en dégageant une puissance vocale qui suggère qu’elle ne se laissera pas faire. La chanson a été reprise par tout le monde, de Ray Charles aux rockeurs anglais.

Wild Wild Young Men – 1953


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Un morceau frénétique qui prouve qu’elle était « Rock ‘n’ Roll » avant l’invention officielle du terme. Elle y chante son goût pour les mauvais garçons (« Je n’aime pas les hommes vieux et riches, je veux un jeune sauvage »). L’énergie qu’elle déploie ici préfigure ce que fera Little Richard quelques années plus tard.

Lucky Lips – 1957


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Écrit par le duo légendaire Leiber & Stoller (les auteurs des tubes d’Elvis Presley), ce titre marque une évolution vers une production plus Pop et lisse, conçue pour séduire le public blanc (« crossover »). C’est un succès qui montre sa capacité à adapter son timbre bluesy à des mélodies plus commerciales.

Albums de Ruth Brown

  • 1957 : Rock & Roll
  • 1959 : Miss Rhythm
  • 1959 : Late Date with Ruth Brown
  • 1962 : Along Comes Ruth
  • 1962 : Gospel Time
  • 1969 : Black Is Brown and Brown Is Beautiful
  • 1970 : Live at the Apollo (avec d’autres artistes)
  • 1972 : The Real Ruth Brown
  • 1978 : You Don’t Know Me
  • 1980 : Takin’ Care of Business
  • 1982 : The Soul Survives
  • 1989 : Blues on Broadway
  • 1990 : Brown, Black & Beautiful
  • 1991 : Fine and Mellow
  • 1991 : Live in London
  • 1993 : The Songs of My Life
  • 1997 : R + B = Ruth Brown
  • 1999 : A Good Day for the Blues

Album essentiel : Ne vous fiez pas au titre de l’album Rock & Roll (1957). Il ne contient pas de rockabilly, mais c’est la compilation définitive de ses grands succès R&B chez Atlantic. C’est la porte d’entrée idéale.

Les meilleurs titres de Ruth Brown

  1. So Long – 1949 – Single
  2. Teardrops from My Eyes – 1950 – Single
  3. 5-10-15 Hours – 1952 – Single
  4. (Mama) He Treats Your Daughter Mean – 1953 – Single
  5. Wild Wild Young Men – 1953 – Single
  6. Mambo Baby – 1954 – Single
  7. Oh What a Dream – 1954 – Single
  8. It’s Love Baby (24 Hours a Day) – 1955 – Single
  9. Lucky Lips – 1957 – Single
  10. This Little Girl’s Gone Rockin’ – 1958 – Single
  11. I Don’t Know – 1959 – Single
  12. If I Can’t Sell It, I’ll Keep Sittin’ on It – 1989 – Black & Blue

Où écouter ce Best Of Ruth Brown ?

Sur YouTube :

Playlist: Ruth Brown - Le Best Of - Le Jukebox 🎺
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Et sur vos plateformes habituelles :

Ruth Brown en Live

Ruth Brown était une bête de scène. Contrairement à beaucoup de chanteuses « statiques » de l’époque qui restaient derrière leur micro, elle occupait l’espace. Elle dansait, jouait la comédie avec ses musiciens et interagissait avec le public avec beaucoup d’humour et de charme. Ses grands yeux expressifs étaient son arme fatale pour capter l’attention.

Les groupes et artistes similaires

LaVern Baker

Principale contemporaine de Ruth Brown chez Atlantic Records, LaVern Baker est l’autre grande voix du R&B féminin de la décennie. Son succès avec le titre Tweedle Dee en fait une référence indispensable pour comprendre le son de l’époque.

Big Mama Thornton

Pour ceux qui apprécient une approche plus brute, Big Mama Thornton représente la racine Blues du genre. Elle a marqué l’histoire avec sa version originale de Hound Dog, avant que le rock ‘n’ roll ne s’en empare.

Etta James

Véritable héritière spirituelle, Etta James a repris les codes du R&B féminin au début des années 1960. On retrouve chez elle cette alliance de puissance vocale et d’attitude rebelle qui caractérisait déjà Ruth Brown.

Ray Charles

En tant qu’autre pilier historique d’Atlantic Records, Ray Charles a partagé les mêmes scènes et musiciens que Ruth Brown. Ensemble, ils ont contribué à la transition du Rhythm and Blues vers la Soul Music.

Ruth Brown : la synthèse du Jukebox

Ruth Brown incarne la résilience artistique. Après avoir posé les jalons du succès d’Atlantic Records, elle a su traverser les décennies pour revenir sur le devant de la scène dans les années 1980. Son combat juridique pour la redistribution des redevances aux musiciens pionniers reste l’un de ses plus grands héritages. Pour les auditeurs du Jukebox, elle demeure la figure de proue qui a su transformer le jazz vocal en un rhythm and blues moderne et entraînant.

Questions fréquentes sur Ruth Brown

Atlantic Records est aujourd’hui un géant (Led Zeppelin, Bruno Mars…), mais à ses débuts en 1949, c’était un minuscule label au bord de la faillite. Ce sont les ventes massives des disques de Ruth Brown (Teardrops from My Eyes) qui ont littéralement payé les factures, le loyer et les salaires pendant des années, permettant au label de survivre.

Oui, sa carrière d’actrice a marqué son retour dans les années 80. Elle est inoubliable dans le rôle de Motormouth Maybelle dans le film culte Hairspray (1988) de John Waters, où elle incarne une DJ militante pour l’intégration raciale.