Black Sabbath n’est pas un simple groupe de heavy metal ; il en est l’inventeur. Issus de la ville industrielle de Birmingham, Tony Iommi, Geezer Butler, Ozzy Osbourne et Bill Ward ont remplacé le « peace and love » hippie de la fin des années 60 par un son sombre, lourd et puissant que personne n’avait jamais entendu. Grâce aux riffs monolithiques de Tony Iommi, nés d’un accident, à l’utilisation de l’intervalle du « triton » et aux thèmes occultes, ils ont posé la première pierre d’un genre musical tout entier.
Fiche d’identité de Black Sabbath
Style(s) : heavy metal, hard rock, doom metal (pionniers)
Origine : Birmingham, Angleterre
Année de création : 1968 (sous le nom Earth), 1969 (Black Sabbath)
Statut actuel : Séparé (concert final en 2017)
Membres emblématiques : Tony Iommi (guitare), Geezer Butler (basse), Ozzy Osbourne (chant), Bill Ward (batterie)
Membre notable : Ronnie James Dio (chant, 1979-1982, 1991-1992)
Album culte : Paranoid (1970)
L’histoire de Black Sabbath : Biographie, membres et influences
Biographie : Les grandes étapes du groupe
Formé en 1968 sous le nom de « Earth », le groupe joue à l’origine du blues rock lourd. Tout bascule lorsque le guitariste Tony Iommi perd le bout de deux de ses doigts dans un accident d’usine. Pour compenser, il crée des prothèses et baisse l’accordage de sa guitare, créant involontairement un son plus lourd et plus sombre. S’inspirant des films d’horreur, le groupe se rebaptise Black Sabbath en 1969.
L’année 1970 est une révolution. Le groupe sort deux albums qui fondent le heavy metal : Black Sabbath et Paranoid. Des titres comme « Black Sabbath », « N.I.B. », « War Pigs » et « Iron Man » posent toutes les bases du genre : la lourdeur, les thèmes (occulte, guerre, folie) et la structure centrée sur le riff.
L’âge d’or se poursuit avec Master of Reality (1971), un album à l’accordage si bas qu’il invente à lui seul le doom metal. Le groupe enchaîne les succès avec Vol. 4 (1972) et Sabbath Bloody Sabbath (1973), qui montrent une plus grande complexité musicale, intégrant synthétiseurs et arrangements orchestraux.
À partir de 1976, les tensions, la drogue et l’épuisement créatif mènent à des albums moins bien reçus (Technical Ecstasy). Ozzy Osbourne, dont les addictions le rendent peu fiable, est renvoyé du groupe en 1979.
Le groupe recrute alors le chanteur américain Ronnie James Dio (ex-Rainbow). C’est une renaissance spectaculaire. Le son change, devient plus rapide, plus « épique », avec des thèmes de fantaisie. Les albums Heaven and Hell (1980) et Mob Rules (1981) sont des succès majeurs qui redéfinissent Black Sabbath pour les années 80.
Après le départ de Dio en 1982, Black Sabbath devient essentiellement le projet de Tony Iommi, avec de nombreux changements de chanteurs. Le line-up originel (avec Ozzy) se reformera finalement pour des tournées triomphales et un dernier album (13 en 2013), avant une tournée d’adieu finale qui s’achève à Birmingham en 2017.
Les membres clés
- Tony Iommi (Guitare) : Le pilier, le « Riff Master ». L’inventeur du son. Son accident et ses prothèses l’ont forcé à baisser l’accordage (« down-tuning »), créant le son lourd de Sabbath. Il est le seul membre permanent.
- Geezer Butler (Basse) : Le parolier principal de l’ère Ozzy. C’est lui qui a écrit les textes sur l’occulte, la guerre (« War Pigs ») et la maladie mentale (« Paranoid »). Son jeu de basse lourd et distordu est fondamental.
- Ozzy Osbourne (Chant, 1969-1979) : Le « Prince des Ténèbres ». Sa voix plaintive, presque nasillarde, et sa présence scénique chaotique ont défini l’image originelle du groupe.
- Bill Ward (Batterie) : Le batteur originel. Son jeu puissant et influencé par le jazz, plein de contretemps et de roulements, a donné une dynamique unique aux riffs de Iommi.
- Ronnie James Dio (Chant, 1979-1982) : Le second souffle. Chanteur puissant et théâtral, il a amené des thèmes de fantaisie et une énergie « épique » au groupe. Il a popularisé le signe des « cornes » (🤘) dans le metal.
Les influences revendiquées
Le groupe s’est formé en jouant du blues rock lourd, très influencé par Cream, Jimi Hendrix et John Mayall. Cependant, leur son unique est né en réaction au « flower power » hippie. L’idée de Geezer et Ozzy était de créer une musique qui fasse peur aux gens, de la même manière qu’un film d’horreur.
Héritage
L’héritage de Black Sabbath est total. Ils sont les inventeurs du heavy metal. Ils ont aussi posé les bases du doom metal (avec la lenteur de Master of Reality). Ils ont popularisé l’utilisation de l’intervalle du « triton » (ou « quarte augmentée »), surnommé « l’intervalle du diable », pour son son dissonant et « maléfique ». L’invention du « down-tuning » (baisser l’accordage) par Iommi est devenue la norme dans quasiment tous les sous-genres du metal.
Au cœur du son : Analyse du matériel et des techniques
Le son de Black Sabbath
Le son de Sabbath est le son de Tony Iommi. Il est basé sur des riffs (et non des accords) de guitare lourds, lents et monolithiques. L’utilisation du « triton » (l’intervalle de trois tons, comme les deux premières notes de la chanson « Black Sabbath ») est clé pour créer cette tension « maléfique ».
Techniquement, Iommi a été le pionnier de l’accordage bas (« down-tuning »). Il a commencé à descendre son accordage d’un demi-ton, puis d’un ton et demi (Master of Reality) pour faciliter le jeu avec ses doigts blessés, ce qui a rendu le son incroyablement lourd. La section rythmique était cruciale : le bassiste Geezer Butler ne faisait pas que suivre, il « doublait » le riff de guitare, le renforçant, souvent en utilisant une pédale wah-wah (comme sur « N.I.B. »).
Pour les musiciens
- Tony Iommi (Guitare) : Sa guitare iconique est la Gibson SG (notamment son modèle « Monkey » de 1965 et ses guitares customisées par Jaydee). Il utilisait des cordes de calibre très fin (light gauge) pour compenser ses prothèses.
- Tony Iommi (Ampli) : Il est le son des amplis Laney (Supergroup et Klipp), poussés à fond avec un « treble booster » (un amplificateur d’aigus) pour saturer l’ampli et définir son grain unique.
- Geezer Butler (Basse) : Il a utilisé des basses Fender Precision Bass et plus tard des modèles Lakland ou BC Rich. Il est l’un des tout premiers bassistes à avoir utilisé une pédale wah-wah comme un filtre.
- Bill Ward (Batterie) : Il jouait sur des fûts Ludwig, avec un style puissant mais nuancé par le jazz.
Black Sabbath en 3 titres incontournables
Paranoid – 1970
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C’est le « hit » accidentel. La chanson a été écrite en quelques minutes en studio, simplement pour remplir l’album Paranoid (qui devait s’appeler War Pigs). Avec son rythme frénétique, son riff rapide et son énergie presque proto-punk, elle contraste avec le son « doom » habituel du groupe. Les paroles de Geezer Butler décrivent crûment la maladie mentale, devenant un hymne pour les laissés-pour-compte.
Iron Man – 1970
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C’est le riff heavy metal ultime. Monolithique, simple, inoubliable, il est reconnaissable dès la première note. L’introduction avec la voix d’Ozzy, passée dans un ventilateur métallique pour sonner comme le personnage (« I am Iron Man »), est légendaire. C’est la définition même du genre, une histoire de science-fiction sombre portée par un riff écrasant.
Heaven and Hell – 1980
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C’est le chef-d’œuvre de la renaissance avec Ronnie James Dio. Un morceau épique de près de 7 minutes qui prouve que Black Sabbath n’est pas mort avec Ozzy. La chanson alterne des couplets calmes et arpégés avec des refrains puissants et un riff galopant. La voix théâtrale de Dio et les thèmes de fantaisie (lumière/ténèbres) ont redéfini le groupe et inspiré tout le metal épique des années 80.
Albums de Black Sabbath
Voici une sélection des albums essentiels (ères Ozzy et Dio) :
- 1970 – Black Sabbath
- 1970 – Paranoid
- 1971 – Master of Reality
- 1972 – Vol. 4
- 1973 – Sabbath Bloody Sabbath
- 1975 – Sabotage
- 1976 – Technical Ecstasy
- 1978 – Never Say Die!
- 1980 – Heaven and Hell
- 1981 – Mob Rules
- 1983 – Born Again
- 1986 – Seventh Star
- 1987 – The Eternal Idol
- 1989 – Headless Cross
- 1990 – Tyr
- 1992 – Dehumanizer
- 1994 – Cross Purposes
- 1995 – Forbidden
- 2013 – 13
Albums essentiels : Pour découvrir Black Sabbath, la « sainte trinité » originelle est Black Sabbath (1970) (le plan directeur), Paranoid (1970) (le classique absolu) et Master of Reality (1971) (l’invention du son « sludge » et « doom »). Heaven and Hell (1980) est tout aussi essentiel pour comprendre la renaissance épique du groupe.
Les meilleurs titres de Black Sabbath
- Black Sabbath – 1970 – Black Sabbath
- N.I.B. – 1970 – Black Sabbath
- War Pigs – 1970 – Paranoid
- Paranoid – 1970 – Paranoid
- Iron Man – 1970 – Paranoid
- Children of the Grave – 1971 – Master of Reality
- Sabbath Bloody Sabbath – 1973 – Sabbath Bloody Sabbath
- Symptom of the Universe – 1975 – Sabotage
- Heaven and Hell – 1980 – Heaven and Hell
- The Mob Rules – 1981 – Mob Rules
Où écouter ce Best Of Black Sabbath ?
Sur YouTube :
Et sur vos plateformes habituelles :
Black Sabbath en Live
Les performances de Black Sabbath différaient radicalement selon le chanteur. L’ère Ozzy était brute, sombre et chaotique, centrée sur la présence magnétique et imprévisible d’Ozzy Osbourne, qui haranguait la foule. L’ère Dio était plus théâtrale, professionnelle et « épique ». Elle était centrée sur la puissance vocale de Ronnie James Dio, qui a popularisé le signe des « cornes » (🤘) comme un symbole de ralliement pour la communauté metal.
Les groupes similaires
- Judas Priest : Leurs « frères » de Birmingham. Ils ont pris le heavy metal de Sabbath et l’ont rendu plus rapide, plus aigu, et ont défini le look du metal avec leurs « twin guitars » (guitares jumelles) et leur cuir clouté.
- Iron Maiden : Les leaders de la « New Wave of British Heavy Metal » (NWOBHM). Ils ont pris la lourdeur et l’ambition de Black Sabbath et les ont transformées en un son plus rapide, épique et mélodique, défini par des guitares harmonisées (« twin guitars ») et un chant lyrique.
- Ozzy Osbourne (Solo) : La carrière solo d’Ozzy, qui a défini le heavy metal des années 80 avec des guitaristes virtuoses comme Randy Rhoads.
- Dio (Solo) : Le groupe de Ronnie James Dio, qui a continué l’esthétique « epic metal » de l’album Heaven and Hell.
- Pentagram / Saint Vitus : Des groupes de doom metal qui ont basé tout leur son sur le côté le plus lent et le plus lourd des trois premiers albums de Black Sabbath.
Black Sabbath : la synthèse du Jukebox
Black Sabbath n’a pas seulement joué du heavy metal, ils l’ont inventé. L’accident de Tony Iommi, son ingéniosité (l’accordage bas, les prothèses), l’utilisation du triton et les thèmes sombres de Geezer Butler ont créé une rupture musicale totale avec la fin des années 60. Le groupe possède deux héritages distincts mais tout aussi fondamentaux : l’invention du heavy metal et du doom metal avec Ozzy Osbourne, et la définition du « metal épique » moderne avec Ronnie James Dio.
